partenariat stratégique entre air madagascar et air austral

Le point sur le partenariat stratégique Air Madagascar – Air Austral

Tout n’est pas encore rose pour Air Madagascar. Malgré les changements enregistrés par la compagnie depuis son alliance avec Air Austral, sa situation reste encore fragile. Dix-huit mois après la signature de l’accord de partenariat, le gouvernement et la compagnie réunionnaise, les deux actionnaires, ont convenu de se mettre autour d’une table pour discuter des points qui pourraient hypothéquer la réussite du plan de redressement. L’idée est éventuellement de parvenir « à adapter le contrat aux nouvelles réalités », ainsi que l’a souligné Marie-Joseph Malé, directeur général d’Air Austral. Le point sur le partenariat stratégique.

La compensation ou pas des gains manqués suite à l’ouverture du ciel aux autres compagnies durant la phase de redressement

Afin de permettre le redressement d’Air Madagascar, il était prévu que pendant les trois premières années du contrat de partenariat stratégique, celle-ci ne soit soumise à aucune concurrence pouvant lui porter financièrement préjudice. C’est ainsi que dans le contrat de partenariat stratégique avec Air Austral en octobre 2017, il est stipulé que toute autorisation de vol octroyée à une autre compagnie sur les lignes desservies par la compagnie nationale malgache est compensée par l’Etat.

Mais alors qu’Air Madagascar était en pleine période de redressement, après la signature du partenariat avec Air Austral l’Etat malgache avait octroyé des autorisations de vol supplémentaires à Ethiopian Airlines. De trois vols hebdomadaires à son arrivée à Madagascar en mars 2017, la compagnie éthiopienne est passée à quatre, puis à sept vols hebdomadaires, à raison de quatre fréquences sur Antananarivo et trois sur Nosy-Be. Un moment, il était même prévu que les vols d’Ethiopian Airlines sur Antananarivo passent à cinq fréquences hebdomadaires, mais le cinquième vol n’avait finalement pas été autorisé.

Avec Ethiopian Airlines pouvant relier Antananarivo – Paris et Nosy-Be – Paris, avec escale sur Addis-Abeba, des lignes sur lesquelles elle est en concurrence avec Air Madagascar, la compagnie nationale malgache estime les gains manqués avec l’ouverture des lignes supplémentaires à 6 millions de dollars par an. C’est ainsi qu’une demande de compensation a été adressée à l’Etat malgache, conformément aux dispositions du contrat de partenariat stratégique.

Dans le cadre de son accord avec le Fonds monétaire international (FMI), l’Etat malgache s’est pourtant engagé à ne plus octroyer ni compensation ni subvention à Air Madagascar. C’est ainsi que les sollicitations d’Air Austral et d’Air Madagascar n’ont eu jusqu’ici aucune réponse. Le sujet devrait néanmoins être évoqué au cours des discussions que le gouvernement et Air Austral ont convenu d’ouvrir.

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Le non-remboursement de la totalité des dettes d’Air Madagascar

Lors des négociations du partenariat stratégique, il était convenu que l’Etat malgache apure la totalité des dettes d’Air Madagascar. Celles-ci, selon les prévisions de l’époque, s’élevaient à 303 milliards d’ariary, et ce montant avait été inscrit dans la Loi de finances rectificative de 2017.

Pourtant, dix-huit mois après la signature de l’accord, l’Etat n’a pas encore versé une partie de ce qu’elle devait payer pour apurer les dettes de la compagnie nationale dont elle est restée actionnaire à 51%. Sur les 303 milliards d’ariary, 24 milliards d’ariary n’ont pas encore été dus par l’Etat.

Afin de « calmer » les créanciers, c’est Air Madagascar qui a dû prendre en charge elle-même le remboursement, délestant ses caisses de 24 milliards d’ariary. L’Etat tardant à régulariser la situation, la compagnie nationale se trouve ces derniers mois dans des difficultés financières. La question devrait également être abordée lors des rencontres entre les deux actionnaires de la compagnie.

Le non-déblocage d’un prêt de 25 millions de dollars

A son entrée dans le capital d’Air Madagascar, Air Austral devait venir avec 40 millions de dollars, dont 15 millions de dollars sur fonds propre et 25 millions de dollars en compte-courant, sous forme de prêt octroyé par des bailleurs et des banques commerciales. Si les 15 millions de dollars qui ont permis à la compagnie réunionnaise de devenir actionnaire à 49% ont été réglés, les 25 millions de dollars que celle-ci devait emprunter auprès de l’Agence française de développement (AFD) et deux banques commerciales n’ont toujours pas été « débloqués ».

Selon Joël Randriamandranto, ministre du Tourisme, des transports et de la météorologie, l’AFD voulait encore s’assurer si le partenariat était digne de confiance. « Comme les choses avancent dans le bon sens, le déblocage du prêt est en cours », a-t-il indiqué en marge de l’ouverture officielle de la huitième édition du Salon international du tourisme de Madagascar (ITM) le 13 juin.

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Mais si les banques et les bailleurs hésitent ou rechignent à emprunter à Air Austral dans le cadre de son partenariat avec Air Madagascar, c’est principalement en raison du non-respect par l’Etat malgache de la clause relative aux droits de vol. Pour ces établissements financiers, l’ouverture du ciel à des concurrents directs de la compagnie malgache encore « convalescente » selon Marie-Joseph Malé, directeur général d’Air Austral, peut porter préjudice à son plan de redressement. Comme indiqué plus haut, le gain manqué avec l’autorisation de vols supplémentaires à Ethiopian Airlines est estimé à 6 millions de dollars par an.

Pour rassurer les bailleurs de fonds et son partenaire, et pour mettre en avant sa volonté de défendre les intérêts d’Air Madagascar, le gouvernement assure ne vouloir discuter de l’Open Sky avec d’autres compagnies qu’en concertation avec la compagnie nationale. « Conformément à la vision Emergence, nous sommes ouverts à tous. Si Emirates vient, nous l’écouterons. Si Qatar vient, nous l’écouterons. Si China vient, nous l’écouterons. Mais comme je le disais, l’ouverture se fera en concertation avec et toujours dans l’intérêt d’Air Madagascar », martèle le ministre en charge du Tourisme et des transports.

La mauvaise surprise des dettes non inventoriées

A la signature du contrat de partenariat stratégique, les dettes d’Air Madagascar que l’Etat devait honorer en tant que principal actionnaire de l’époque étaient estimées à 303 milliards d’ariary, soit environ 88 millions de dollars. Il est pourtant apparu que le montant était plus important que cela. Au moins 7 millions de dollars n’avaient pas été intégrés dans les estimations initiales. Leur remboursement ne figure donc pas, pour l’instant, dans le programme du gouvernement et continue de peser sur les finances de la compagnie nationale. Les modalités de règlement de cette dette devraient également figurer à l’ordre du jour des discussions entre les deux actionnaires de la compagnie.

Le coût de la remise à niveau à mi-potentiel des Airbus A340

A cette problématique de la dette « imprévue » vient également se greffer l’éventualité de payer à Air France 21 millions de dollars supplémentaires suite à l’achat en 2012 des deux Airbus A340. Lorsque les autorités de l’époque avaient conclu le contrat de vente-location avec Air France, une clause prévoyait qu’après le paiement du dernier échéancier, Air Madagascar devait encore régler à Air France le coût de la remise à niveau à mi-potentiel des deux avions achetés en 2012. Cette clause, selon les spécialistes, est d’habitude réservée aux contrats de location et non de vente.

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La clause invoquée par Air France, considérée comme abusive par les dirigeants d’Air Madagascar, est actuellement attaquée par la direction de la compagnie malgache et son partenaire devant le tribunal de commerce de Paris. Pour les deux avions, le montant réclamé par Air France, en plus du prix des avions censé être réglé sur 72 mois et les intérêts consécutifs au paiement en vente-location, s’élève à 21 millions de dollars.

Dans son plan de relance, Air Madagascar prévoit de se séparer des deux Airbus A340 considérés comme difficilement exploitables économiquement, et de les remplacer éventuellement par des Airbus A330, plus rentables.

Et les changements positifs

Malgré les difficultés qui persistent, Air Madagascar connaît des changements que ses dirigeants qualifient de positifs, témoignant ainsi, soutiennent-ils de la bonne marche du partenariat stratégique avec Air Austral. Sont présentées comme une avancée la création de Tsaradia, la filiale de la compagnie nationale qui assure les vols domestiques, et le fait que les deux vols hebdomadaires vers Paris sont passés à un vol quotidien. Les dirigeants d’Air Madagascar évoquent également une amélioration du taux de ponctualité des avions qui se situe, 18 mois après la signature de l’accord,  sur une moyenne de 85% contre 60 %voire moins au moment de l’entrée en vigueur du partenariat stratégique.

Signé en octobre 2017, le partenariat stratégique entre Air Madagascar et Air Austral prévoit un plan en deux phases d’une durée de dix ans pour relancer la compagnie aérienne nationale malgache. Ce business plan prévoit une première phase de redressement d’une durée de trois ans (2017-2020) et une deuxième phase de croissance, tablant sur un taux de rentabilité de 4,6%.