Philippe Nicolet, dg de la scoiété Galana discute avec le ministre Vonjy Andriamanga.

Difficile entente entre l’Etat et les pétroliers sur les prix des carburants

Un nouveau bras de fer. Les relations entre l’Etat et les pétroliers n’ont jamais été aussi tendues qu’en ce moment. Les deux parties n’ont pas trouvé un terrain d’entente sur le nouveau mode de calcul des prix des carburants. Les différentes réunions organisées dans ce sens ces dernières semaines ont accouché d’une souris. La présence des autres entités n’a pas changé la donne. Globalement, les deux parties ont campé sur leur position. L’État, notamment, voulait une baisse jusqu’à 700 ariary par litre.

Une vaine démarche inclusive

« Nous n’avons trouvé aucun consensus avec certains acteurs, surtout quelques compagnies pétrolières, sur la nouvelle structure tarifaire », s’est désolé Vonjy Andriamanga, ministre de l’Energie, de l’eau et des hydrocarbures, à la clôture d’un atelier où la nouvelle structure devait être présentée. « Dans ce sens, l’Etat va prendre ses responsabilités et définira unilatéralement un nouveau mode de calcul avant le 1er juin », ajoute-t-il.

Depuis plus d’un an, au dernier trimestre de l’année 2017, l’Etat avait demandé l’expertise d’un cabinet indépendant Beicip Franlab pour faire un audit sur les bénéfices des compagnies pétrolières. Cette étude devait servir de base pour mettre en place une nouvelle structure de prix de carburant, mais elle a été rejetée par les compagnies pétrolières qui affirment ne pas avoir été consultées. Les deux parties se sont alors engagées dans d’âpres négociations pour déboucher à un nouveau mode de calcul de prix à la pompe sans jamais arriver à trouver une bonne entente.

L’arrivée du nouveau pouvoir à la tête du pays marque un nouveau départ dans les négociations. Vonjy Andriamanga a touché le dossier sensible. Pour mettre à la pompe « un prix socialement acceptable », il a remis sur la table le mode de calcul des prix de carburant avec une autre approche. Les discussions ne se sont plus limitées entre l’Etat et les pétroliers. D’autres entités étaient invités, notamment des associations de consommateurs, les gérants des stations-services ainsi que les transporteurs de produits hydrocarbures.

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Pour le ministre, les parties prenantes à ce dossier ne devraient pas être pénalisées par la nouvelle structure tarifaire, à savoir la caisse de l’Etat, les budgets des consommateurs, et les opérateurs du secteur pétrolier aval. Dans la démarche, son département espérait obtenir une baisse de 700 ariary par litre de carburant. Mais « les propositions faites par les compagnies sont loin des attentes de l’administration », a fait savoir le ministre sans révéler aucun détail.

Les marges bénéficiaires à réduire

Sur les 700 ariary de baisse espérée, l’État misait certes sur une réduction des marges bénéficiaires des compagnies pétrolières, mais ne s’y limitait pas. D’autres rubriques, notamment les marges des gérants des stations service ainsi que le coût des transports, devaient également faire l’objet d’une baisse. Aucun détail n’est toutefois donné sur le taux des baisses escomptées.

L’étude réalisée par le cabinet Beicip Franlab en 2017 a fait ressortir que les compagnies pétrolières enregistrent un profit de 700 ariary par litre et qu’une baisse de leurs marges bénéficiaires jusqu’à 17 % restait possible et n’affectait pas leurs capacités de d’investissement. Mais les compagnies pétrolières avaient contesté ces chiffres, disant ne pas avoir été consultées lors de la réalisation de l’étude. Elles ont néanmoins fini par accepter une baisse de 140 ariary de leurs marges bénéficiaires.

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« Malgré les contextes difficiles marqués par la hausse incessante du prix du pétrole, de la dévaluation de l’ariary, nous avons soumis une proposition aux autorités une baisse de 140 ariary par litre de carburant. Il faut revoir dans le temps cette marge car elle va mettre à mal notre capacité à développer le secteur », avait annoncé dans les colonnes de L’Express de Madagascar un dirigeant d’une compagnie pétrolière. Un économiste, de son côté avait soulevé que « pour les compagnies pétrolières, l’Etat demandait trop ». Il avait suggéré que « l’administration fasse un petit effort en révisant le taux de certaines taxes ou redevances ».

Une nouvelle étude qui aurait impliqué les deux parties devait être faite en 2018 afin d’aboutir à une nouvelle structure des prix, mais celle-ci ne semble jamais avoir été engagée. Une structure provisoire avait été adoptée lorsque les pétroliers avaient accepté une baisse de 140 ariary de leurs marges bénéficiaires, et reste jusqu’ici en vigueur. Sauf accord, les choses devraient néanmoins changer dès le 1er juin, date d’entrée en vigueur de la nouvelle structure des prix imposée par l’État ainsi que l’a annoncé le ministre chargé des Hydrocrabures.

Les conséquences d’une décision unilatérale

Quelques heures après avoir publiquement annoncé l’échec des négociations et l’éventualité d’une décision unilatérale de l’État sur la structure des prix des carburants, le ministère de l’Energie, de l’eau et des hydrocarbures annonce « une interruption par les compagnies pétrolières de l’approvisionnement des centrales thermiques de la compagnie de distribution d’eau et d’électricité dans cinq villes du pays ». Selon le communiqué publié sur la page Facebook du ministère, cette interruption qui a certes été immédiatement résolue fait suite aux « difficultés avec les pétroliers ».

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Du côté des compagnies pétrolières, l’interruption de l’approvisionnement n’était pourtant nullement ni représailles ni avertissement. Un membre du Groupement pétrolier de Madagascar a évoqué « le non paiement des fournisseurs qui crée des problèmes à tout le monde » pour expliquer la rupture temporaire. Pour mettre en avant la bonne foi des opérateurs privés, notre interlocuteur insiste sur « le bon déroulement des discussions en vue de renégocier les contrats avec la Jirama ». « Celles-ci sont sur le point d’aboutir », souligne-t-il d’ailleurs.

Pour l’instant, les compagnies pétrolières ne se sont pas exprimées sur les suites qu’elles vont donner à la décision de l’administration. Le remboursement par l’État des gaps qu’il doit aux compagnies pétrolières à la suite du blocage de la hausse des prix à la pompe depuis plusieurs mois n’est pas non plus évoqué dans les compte-rendu officiels des discussions. Le retard du remboursement de ces gaps avait déjà amené les pétroliers à demander le report de trois à six mois du paiement de leurs impôts et taxes.