Les maçons de la GLNM se réunissent du 25 au 26 mai 2017 à Madagascar

La Franc-maçonnerie à Madagascar en quelques mots

L’organisation de la XVème Conférence mondiale des Grandes loges régulières met sous les feux des projecteurs la franc-maçonnerie à Madagascar. Cette association « d’hommes indépendants » qui disent s’engager « à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité » fait pourtant peur à beaucoup de Malgaches. Quelques éléments pour mieux connaître ce milieu si discret, presque secret.

Madagascar compte actuellement un millier de Francs-maçons, dont 400 sont membres des douze loges maçonniques réunies au sein de la Grande loge nationale de Madagascar (GLNM). La présence de la franc-maçonnerie à Madagascar remonte toutefois au XIXème siècle. De nombreux mythes et croyances avaient accompagné son implantation sur la Grande île.

Croyance en un Grand Architecte de l’Univers

C’est la GLNM qui reçoit du 25 au 26 mai  2017 à Antananarivo la XVème Conférence mondiale des Grandes loges régulières. Regroupant douze loges, cellules maçonniques fondamentales, la GLNM a été officiellement constituée en 1996 à la demande de maçons membres de trois loges.

Les membres de la GLNM se réunissent une fois par mois dans un temple sis à Ambohibao. Selon eux, la GLNM est  un « Ordre maçonnique, initiatique et traditionnel, dont l’essence repose sur la foi en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, la Fraternité et la Tolérance ». Elle est reconnue par la Grande loge unie d’Angleterre, Grande loge mère de toutes les loges régulières mondiales.

Les « Frères » de la GLNM obéissent à un certain nombre de principes, « dont la croyance en un Grand Architecte de l’Univers, la prestation de serment sur la Bible (le Volume de la Loi Sacrée), et ses membres sont uniquement des hommes.

Obédiences régulières, libérales et traditionnelles

Outre l’obédience régulière, reconnue par la Grande loge unie d’Angleterre et représentée par la GLNM, d’autres obédiences pour ne citer que la Grande rite malagasy (GRM) et la Grande loge traditionnelle et symbolique de Madagascar (GLTSM), sont présentes à Madagascar qui comptent environ un millier de maçons.  Les deux autres principales obédiences maçonniques sont l’obédience libérale et l’obédience traditionnelle.

Le courant libéral naît en France à la fin du XIXème siècle avec la suppression dans la constitution du Grand Orient de France de l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité. Les loges libérales n’imposent aucune croyance à leurs membres et, contrairement à celles qui sont d’obédience régulière, elles permettent l’initiation féminine. Certaines loges libérales sont même exclusivement féminines, tandis que d’autres sont mixtes.

L’obédience traditionnelle permet également l’initiation féminine. Reposant sur la foi en un Grand Architecte de l’Univers et à la croyance en un principe Créateur, elle déroge parfois à certains principes reconnus et exigés par la Grande loge unie d’Angleterre.

Politique et religion exclues des échanges

Appartenant à l’obédience régulière qui revendique la foi en Dieu, Grand Architecte de l’Univers, les maçons de la GLNM disent ne pas évoquer dans leurs échanges les questions religieuses et politiques « par respect des points de vue des uns et des autres ». Dans leur agenda, il serait plutôt question de débats thématiques, d’échanges et de réflexions en vue de « magnifier un idéal de construction universelle, pour le développement moral et spirituel de ses membres ». L’objectif, indiquent-ils, est d’arriver « à un accomplissement de soi afin d’aboutir à une amélioration collective ».

Les loges d’obédience libérale, par contre, autorisent que soient évoquées durant les échanges les questions politiques, religieuses et sociales. Celles-ci sont souvent à l’origine de certains changements sociaux comme l’abolition de la peine de mort, ou la dépénalisation des Interruptions volontaires de grossesse (IVG).

Les maçons démentent par ailleurs la « perception de la société » relative à l’aspiration politique ou à la volonté de conquête de pouvoir des Francs-maçons. Tout comme ils réfutent toute velléité de « corporatisme » malgré le principe de « solidarité » au sein des loges, et malgré la possibilité de collaborer entre personnes partageant les mêmes valeurs. Cette valeur est contrebalancée par d’autres valeurs comme l’éthique.

Pratiques rituelles et secret


L’entrée dans une loge obéit à certaines règles particulières. L’admission se fait par cooptation des « maçons » et est conditionnée par le respect de certains principes qui régissent la loge. Mais le principe de démission, pour une raison ou une autre, et celui de l’exclusion sont également prévus pour les « brebis galeuses ».

Chaque admission s’accompagne de rituels qui constituent souvent les outils fondamentaux de la méthode maçonnique et font partie des éléments constitutifs de la vie d’une loge. Ces rituels appartiennent au processus d’initiation, et l’accession à chaque grade au sein d’une loge se fait dans le cadre d’un cérémonial composé de symboles, de mots, de gestes et de signes.

Ces pratiques rituelles existant au sein des loges sont souvent à l’origine de certaines perceptions et de certains préjugés attribués à la Franc maçonnerie. Tout comme la discrétion, voire parfois le secret, qui entoure aussi bien leurs membres que leurs activités. Hasina Rakotobarison, Grand maître de la GLNM, parle de discrétion plutôt que d’une culture du secret. Ainsi, les actions humanitaires des maçons à la suite du passage du cyclone Enawo se sont faites loin des médias.

Les maçons, néanmoins, sont gardiens de certains secrets qu’ils promettent de ne jamais révéler lors de leur prestation de serment. Comme le dit Vanf (Nasolo Valiavo Andriamihaja), un des rares francs-maçons malgaches à accepter de se dévoiler, dans une interview accordée à L’Hebdo de Madagascar en 2013 :

« C’est une précaution héritée des vrais chantiers de construction de cathédrale (…) Les mots, signes et attouchements ont été inventés et organisés pour que les secrets du chantier ne soient pas divulgués et que personne ne puisse usurper la qualité de maître d’oeuvre ». VANF, L’Hebdo de Madagascar

Une croyance répandue à Madagascar veut également que l’appartenance à des clubs de service implique l’appartenance à une loge maçonnique. Mais si certains maçons peuvent être membres de clubs de service, et vice-versa, il n’y a pas de liens entre la Franc-maçonnerie et les clubs de service.

Le mythe des « mpaka fo »

De nombreux mythes et croyances pèsent sur les Francs-maçons, mais la légende des « mpaka fo » est spécifique à Madagascar. L’expression remonte au XIXème siècle, alors que la Franc-maçonnerie avait commencé à s’implanter sur la Grande île.

S’inquiétant du développement de l’influence des loges, la communauté des Jésuites avait publié une brochure intitulée « Framasao » dans laquelle elle reprochait aux Francs-maçons de vouloir prendre le cœur des gens (« maka ny fon’ny olona »). Ces propos qui étaient évoqués dans le sens de la volonté de séduire furent interprétés au sens propre, et les rumeurs selon lesquelles les Francs-maçons étaient des « mpaka fo », voleurs de cœur, et partant voleurs d’organe, se répandirent.

Suite à ces propos, des Francs-maçons avaient porté plainte contre Monseigneur Jean Baptiste Cazet, évêque de Madagascar, et le Révérend Père Bardou, supérieur de la Compagnie de Jésus. Mais le procès en diffamation n’a pas tout à fait aplani les craintes suscitées par les Francs-maçons, considérés depuis comme des voleurs d’organes. Le mythe perdure jusqu’à aujourd’hui. Et en 2017, alors que la Grande île accueille la XVème Conférence  mondiale des Grandes loges régulières, de nombreux Malgaches utilisateurs des réseaux sociaux appellent leurs compatriotes à « bien surveiller leurs enfants car les « mpaka fo » débarquent ».

Grande conférence mondiale des loges régulières à Antananarivo

La Grande loge nationale de Madagascar accueille la XVe Grande conférence mondiale des loges régulières les 25 et 26 mai, dans un grand hôtel à Antananarivo. Plusieurs « Grands Maîtres » sont sur place et près de 200 participants, sont attendus pour le rendez-vous. Au total, une quarantaine de délégations dont celle de la Suisse, celle  de Tahiti, celle de la Pennsylvanie ou encore celle du Gabon participent à la cette conférence. Le rendez-vous d’Antananarivo est la deuxième conférence organisée en Afrique depuis sa création il y a un peu moins de vingt ans, et ce dans le cadre de la politique du continent tournant.

Pendant deux jours, les « maçons » débattront et réfléchiront sur le thème intitulé « Valeurs Maçonniques pour le Développement Humain dans l’Equité et la Durabilité ». Les organisateurs ne prévoient pas de  recommandations à l’issue du rendez-vous, censé être une forme d’échanges et réflexions. A l’issue de la conférence, ils invitent leurs « Frères » « à rester quelques jours supplémentaires dans la Grande île pour partir à la rencontre de sa population généreuse et à la découverte de sa nature endémique extraordinaire et préservée ».