photo mfb

Une réunion de printemps décisive pour Madagascar à Washington

Les ministres malgaches chargés des Finances et de l’Economie, ayant participé à la réunion annuelle de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), devaient convaincre le FMI que Madagascar a les moyens de financer les besoins additionnels du pays, non prévus dans la loi de finances de 2017, et ce sans toucher aux dépenses sociales. Dans le cas contraire, les conclusions de la première revue du programme Facilité élargie de crédit (FEC) pourraient ne pas être examinées par le Conseil d’administration du Fonds. La deuxième tranche de financement du programme qui s’élève à près de 45 millions de dollars ne serait alors pas décaissée.

 
Malgré ce que le FMI qualifie de « performances encourageantes en ce qui concerne la mise en œuvre du programme soutenu par la FEC », la mission de la première revue du programme qui a eu lieu en mars n’a pas été concluante. Des dépenses imprévues dont le financement n’a pas été détaillé par les autorités ont amené l’équipe technique du FMI à différer leurs conclusions, et à conditionner le transfert du dossier Madagascar auprès du Conseil d’administration du Fonds par la transmission par la partie malgache de certaines infomations au plus tard à la fin de la réunion de printemps.
 
A Washington, du 17 au 23 avril, les autorités malgaches devaient notamment exposer comment elles comptent financer les subventions additionnelles réclamées par la société nationale de distribution d’eau et d’électricité, la Jirama, rembourser les dettes de la compagnie aérienne nationale, Air Madagascar, et prendre en charge les actions d’urgence et de relèvement rendues nécessaires à la suite du passage du cyclone tropical Enawo.
 
Au total, ces dépenses imprévues, non mentionnées dans la loi de finances de 2017, s’élèvent à au moins 145 millions de dollars : 50 millions de dollars pour la Jirama (150 milliards d’ariary), au moins 75 millions de dollars pour Air Madagascar et au moins 20 millions de dollars pour l’après-Enawo. Selon le communiqué publié en mars par la mission du FMI, il ne s’agit pas uniquement pour les autorités d’évaluer les besoins, mais aussi et surtout d’obtenir les assurances de financement nécessaires.
 
Le ministre des Finances et du budget avait déjà évoqué la nécessité d’améliorer les recouvrements des recettes fiscales et douanières pour ne pas avoir à empiéter sur les dépenses sociales. Mais d’autres moyens doivent être trouvés pour couvrir les besoins additionnels imprévus.
 

150 milliards d’ariary supplémentaires à trouver pour la Jirama

 
Pour pouvoir fournir plus ou moins correctement l’électricité à ses abonnés, la Jirama a besoin de plus de subventions que ce qui avait été initialement prévu pour 2017. Arguant de la sécheresse qui avait sévi dans de nombreuses régions à la fin de 2016 et au début de 2017, la  compagnie avait réclamé 750 milliards d’ariary de subventions, soit 500 milliards de plus que les 250 milliards d’ariary indiqués dans la loi de finances de 2017.
 
Mais pour le FMI qui reconnaît la nécessité de transferts additionnels compte tenu de la sécheresse, ces subventions supplémentaires ne doivent pas excéder les 150 milliards d’ariary et leur financement ne doit pas impacter sur les budgets sociaux. « C’est le montant que le budget pourrait prendre en charge sans causer trop de perturbations », estime Patrick Imam, représentant résident du FMI. La Jirama devait par ailleurs mettre en œuvre des mesures de réforme qui lui permettaient de faire des économies et de récupérer des pertes, et ainsi d’avoir moins besoin des subventions.

 

Au moins 75 millions de dollars pour rembourser les dettes d’Air Madagascar

 
Avant de conclure le partenariat stratégique d’Air Madagascar avec Air Austral, l’Etat malgache, propriétaire à 90% de la compagnie aérienne doit d’abord apurer les dettes de la compagnie. Pour le FMI, il n’est évidemment pas question que cette obligation ait des impacts sur le budget l’Etat. le gouvernement est donc invité à proposer à l’équipe technique du FMI un plan de financement du remboursement des dettes de la compagnie aérienne nationale.
 
Un audit avait été mené depuis mars pour déterminer le montant total de ces dettes, mais en janvier 2016, l’ancien directeur général d’Air Madagascar, Gilles Filiatreault avait parlé de 76 millions de dollars. D’autres sources proches du dossier confient que celles-ci s’élèvent actuellement à plus de 80 millions de dollars.
 

Plus de 20 millions de dollars pour se relever des dégâts laissés par Enawo

 
Classé cyclone de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir Simpson, le cyclone Enawo qui a traversé Madagascar du Nord au Sud du 7 au 10 avril a laissé des dégâts humains et économiques considérables. Selon le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC), le bilan humain s’élève à 81 morts et 250 disparus, tandis qu’un communiqué du ministère des Finances et du budget estime les dégâts économiques et matériels à 415 millions de dollars.
 
Une première évaluation menée par les partenaires humanitaires en mars avait estimé à 20 millions de dollars les besoins de la Grande île pour « atteindre 250 000 personnes avec une assistance pour sauver des vies et une protection dans les trois mois à venir ».
Lire aussi :  FEC. Le FMI accorde à Madagascar près de 85 millions de dollars