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Affaire Singapour : L’Etat malgache annonce la poursuite des trafiquants de bois de rose

Dans une déclaration, l’Etat malgache annonce sa détermination à poursuivre les trafiquants nationaux impliqués dans l’affaire de bois de rose de Singapour. 

Beaucoup d’eau ont coulé sous le pont, mais aucune tête n’est tombée jusqu’ici dans l’affaire de bois de rose de Singapour. Les autorités malgaches, encore une fois, annoncent leur détermination de poursuivre les trafiquants de bois de rose, surtout ceux qui sont impliqués dans cette affaire. « Cette décision renforce la détermination de l’Etat à poursuivre les trafiquants qui ont participé à cette transaction illégale », indique un communiqué publié vendredi.
 
Le jeudi 30 mars, la Cour suprême de Singapour a déclaré coupable l’homme d’affaire Wong Wee Keong, 56 ans et son entreprise Kong Hoo dans une affaire d’importation de bois de rose. La société basée à Singapour avait importé près de 30 000 rondins de rose d’une valeur estimée à 50 millions de dollars en février 2014, mais la cargaison a été interceptée dans le port de Jurong, Singapour. Suite à une action publique intentée par le ministère public du Singapour, l’affaire a été portée devant la justice. Par deux fois, Wong Wee Keong a été acquitté.
 
A entendre cette déclaration des autorités, on attend le sort de ceux qui ont signé ayant permis l’exportation de la cargaison, mais aussi celui d’Anthelme Ramparany, actuel député de Madagascar et ancien ministre de l’Environnement. Celui-ci avait martelé devant la justice singapourienne en janvier 2015 que les documents d’exportation étaient authentiques. Il avait ensuite avancé qu’il n’avait fait qu’agir sur ordre du chef du gouvernement de l’époque, Roger Kolo.

Une absence de volonté de l’Etat

Mais la question qui se pose actuellement est de savoir si les autorités malgaches disposent d’une réelle volonté de mettre fin à ces pratiques, comme l’a indiqué le communiqué ? Car ce n’est pas la première fois que les autorités annoncent « des poursuites » à l’encontre de ceux qui sont impliqués dans cette affaire de Singapour. La ministre de l’environnement, de l’écologie et des forêts (MEEF), Johanita Ndahimananjara avait annoncé à la presse que le chef de l’Etat aurait ordonné la poursuite de tous ceux qui étaient impliqués dans l’exportation des trente mille rondins de bois de rose saisis en mars 2014 à Singapour. « C’est un ordre que nous a donné le chef de l’État et c’est une priorité des autorités », a-t-elle soutenu dans les colonnes de L’Express de Madagascar le 1er octobre 2016.  Cette volonté de l’Exécutif devrait se traduire en acte, mais pour l’instant aucune avancée palpable n’est communiquée dans le traitement du dossier. Ni interpellation ni audition ne sont annoncées jusqu’à aujourd’hui.
 
Sur des affaires antérieures, de « gros bonnets » déjà arrêtés et placés sous mandat de dépôts, comme Johnfrince Bekasy mènent une vie paisible, sans qu’aucune décision de justice n’ait été rendue. Ce jeune opérateur de la région Nord de Madagascar a été placé sous mandat de dépôt à Antanimora le 28 septembre 2015 mais se trouve quelques jours après hors de la frontière malgache.
 
« L’Etat doit avoir une réelle volonté politique pour arrêter et condamner par la suite tous les responsables du trafic illicite. Il s’agit notamment de ceux qui ont donné l’autorisation de l’exportation de ces 30 000 rondins de bois précieux à Madagascar. C’est honteux de savoir que ce sont les pays étrangers qui se soucient de la protection de nos bois précieux en condamnant des trafiquants. A Madagascar, aucun trafiquant n’a été arrêté et jugé depuis 2009 où il y a eu une hémorragie de bois de rose, jusqu’à maintenant », a déclaré Ndranto Razakamanarina, président de l’Alliance Voahary Gasy, dans les colonnes de Midi Madagasikara le samedi 1 avril à l’issue de cette affaire de Singapour.

La CITES a mis la pression aux autorités malgaches

Le gouvernement malgache a tergiversé dans la gestion de ce dossier Singapour, et changeant plusieurs fois d’avis sur le caractère légal ou illégal des documents d’exportation des bois de rose. Ce qui aurait favorisé l’acquittement de cet importateur de bois de rose malgache. « Madagascar n’ayant pas confirmé l’authenticité de la lettre envoyée par l’ancien premier ministre Jean Ravelonarivo, affirmant l’illégalité de l’exportation de bois de rose, la justice singapourienne a dû se contenter de s’en tenir à la loi de la Ville-Etat pour trancher », a écrit L’Express de Madagascar dans son édition du 11 août 2016.
 
 Mais il a fallu une menace de la convention de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) pour que le gouvernement malgache réagisse enfin et prenne une position sur cette affaire. « Les autorités malgaches ont formellement indiqué a la Haute Cour que l’exportation de ce bois de rose s’était faite illégalement n’ayant pas obtenu les autorisations d’exportation conformes aux lois en vigueur », indique le communiqué de réaction du gouvernement qui affirme également avoir « fourni des éléments de preuve ». Mais ces preuves, qui seraient bien utiles pour la poursuite des « complices » malgaches, n’ont servi à rien devant la justice singapourienne qui, pour cet énième procès, avait requis les permis d’importation des services singapouriens et non plus les autorisations d’exportation des autorités du pays d’origine.
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