La Jirama devrait montrer plus de volonté dans la mise en oeuvre de ses réformes.

Madagascar – Un long et sinueux chemin pour la réforme de la Jirama

« Le Gouvernement malgache entend restructurer la compagnie d’électricité et d’eau (Jirama) pour en faire une entreprise efficiente  et en bonne santé financière ». Cet engagement fait par les autorités  malgaches dans leur lettre d’intention adressée au Fonds monétaire international (FMI) en vue de la conclusion du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) a pourtant du mal à se concrétiser.

Des subventions en hausse continue

Selon le Conseil de gouvernement, les informations et demandes émanant de la Jirama indiquent qu’en termes de subventions « pas moins de 750 milliards d’ariary seront nécessaires cette année ». Rien que pour janvier 2017 où la consommation en gas-oil est estimée à 18 881 m3, 70 milliards d’ariary, un peu moins du tiers de la subvention prévue par la Loi de finances pour l’année 2017, devraient être « débloqués dans l’immédiat pour limiter les problèmes de délestage actuels, liés au manque d’eau de pluie en cette période d’étiage ».
 
Pour la Jirama, les subventions restent la solution à court terme pour résoudre les problèmes de délestage. Des solutions à moyen terme sont prévus, mais compte tenu de retard dans le lancement des travaux de construction des centrales solaires, ou de remplacement des centrales thermiques fonctionnant au gas-oil par des groupes tournant au fuel-oil, celles-ci ne devraient apporter des solutions que dans six à neuf mois au plus tôt.
 
Au vu de la courbe de la consommation de gas-oil de la Jirama depuis 2013, la tendance à la hausse des subventions ne semble pourtant pas vouloir s’inverser. En quatre ans, la société de distribution d’électricité a doublé sa consommation de gas-oil. De 80 480 m3 en 2013, celle-ci est passée à près de 156 000 m3 en 2016. Les 750 milliards d’ariary réclamés devraient permettre de financer une consommation de près de 345 000m3 si l’on se base sur le prix actuellement pratiqué.
 
Année
2013
2014
2015
2016 (estimation)
2017
(prévisions)
Consommation de gas-oil (m3)
 
80 480
 
95 260
 
128 076
 
156 000
 
345 000

 Des tarifs difficiles à augmenter

« La stratégie visant à améliorer la situation financière de la compagnie est centrée sur l’accroissement des recettes et la réduction des coûts », indique la Jirama. L’augmentation des tarifs de l’électricité entre dans ce cadre. En 2016, juste avant la conclusion de l’accord avec le FMI, les tarifs ont été relevés de 10% en juin, puis de 5% en juillet. D’autres augmentations sont attendues, mais l’on ignore si avec l’état actuel des services de la Jirama, le gouvernement donnera son accord. Dans la lettre d’intention adressée au FMI, le gouvernement a pourtant indiqué que « pour ce qui est de l’avenir, nous envisageons de réduire les coûts et d’accroître les recettes, notamment par des relèvements graduels des tarifs, si nécessaire, pour assurer un recouvrement total des coûts opérationnels ».

Lire aussi :  Questions sur les Zones économiques spéciales (ZES)

Un recrutement qui a du mal à se faire

Le Gouvernement avait promis le recrutement des « personnels du rang de directeur et au-dessus selon un processus de recrutement concurrentiel », mais le processus tarde à se mettre en place. « Le Conseil d’administration vient de terminer la rédaction des termes de référence, le cabinet de recrutement est connu, les postes à pourvoir sont définis et les appels à candidature devraient être lancés dans les prochains jours. Le ministère l’y encourage fortement », s’est contenté de préciser le ministre par intérim chargé de l’Energie, le général Herilanto Raveloharison, à l’issue d’une réunion avec le vice-président de la Banque mondiale, Makhtar Diop, mercredi.

Lire aussi :  Energie - Une subvention de 150 milliards d’ariary supplémentaires en vue pour la Jirama

Le ministre s’est pourtant bien gardé de donner un calendrier précis sur cette question. Les autorités se sont également engagées à mettre le statut de la Jirama en conformité avec la loi sur les sociétés commerciales à participation publique, mais pour l’instant, la procédure en ce sens reste bloquée. Le Gouvernement continue d’avoir la mainmise sur le Conseil d’administration de la Jirama : le Président du conseil d’administration (PCA) est encore et toujours un conseiller du chef de l’Etat. La question est de savoir si la réunion tenue avec le vice-président de la Banque mondiale qui a dû enjoindre les autorités d’accélérer les réformes poussera les autorités à mettre le pied au plancher sur le dossier.

Lire aussi :  FEC. Le FMI accorde à Madagascar près de 85 millions de dollars

Des sanctions ardues à mettre en œuvre

Comme promis, la Gouvernement a réglementé « le contrôle et la répression des pratiques frauduleuses de vol d’énergie électrique ». Un décret en ce sens a été adopté en octobre 2016, et vise « toute personne impliquée dans des branchements illicites et dans les vols d’énergie électrique », y compris les employés de la Jirama et les hauts responsables de la société. Mais la mise en œuvre des mesures s’annonce ardue : le Gouvernement avait déjà engagé des poursuites similaires en 2015, mais il s’est heurté à la résistance des employés de la Jirama qui sont souvent complices des abonnés indélicats dans l’installation de certains branchements illicites.