Les planteurs de vanille misent sur une meilleure qualité de la vanille en 2018

Opération reconquête pour la vanille de Madagascar

Avec des prix de plus en plus élevés pour des produits de moins en moins de bonne qualité, la vanille malgache avait commencé à perdre des parts de marché. Pour garder les acquis, les opérateurs du secteur se sont lancés dans une vaste opération d’amélioration de la filière. Des efforts ont été faits, notamment sur la qualité à travers la sécurisation des champs de vanille, suscitant de l’espoir. Les incertitudes demeurent pourtant nombreuses.

Pour 2018, les opérateurs du secteur de la vanille s’attendent à de la vanille de meilleure qualité.
Pour la première fois depuis plusieurs années, les autorités ont fixé des dates d’ouverture de campagne correspondant à la maturité de la majorité des gousses vertes.
Tous les acteurs ont, par ailleurs, conjugué leurs efforts pour sécuriser les champs de vanille.
Vu les efforts qu’ils ont consentis, les planteurs se veulent exigeants sur les prix,
Même si pour l’heure, les acheteurs internationaux, échaudés par la mauvaise qualité des produits issus des précédentes campagnes, semblent encore hésiter à acheter.
L’année dernière, beaucoup d’entre eux se sont tournés vers d’autres origines et d’autres formulations de la vanilline,
La première place mondiale de Madagascar sur le marché de la vanille reste menacée.

Une vanille de meilleure qualité attendue pour 2018

Dans la Sava, les opérateurs de la filière vanille, des paysans aux exportateurs, en passant par les collecteurs, les acheteurs et les préparateurs, sont unanimes. La qualité de la vanille sera meilleure que l’année dernière pour cette année 2018. Au ministère du Commerce et de la consommation, on espère que le taux de vanilline de 1,8% sera atteint cette année, si ce taux était de 1%, voire moins, jusqu’à 0,8%, en 2017.

Les gousses de vanille sont restées sur pied jusqu'à maturation cette année

Les gousses de vanille sont restées sur pied jusqu’à maturation cette année

A l’origine de cet optimisme : pour la première fois depuis plusieurs années, les dates d’ouverture de la campagne de commercialisation de la vanille verte ont correspondu aux périodes de maturité de la plupart des gousses. Le ministère du Commerce affirme avoir décidé sur la base des dates communiquées par le Comité régional d’observation de la floraison (CROF) qui a tenu compte des jours de pic de floraison pour soumettre ses propositions.

Ces dates ont, par ailleurs, été plus ou moins respectées. Les récoltes et la commercialisation précoces, principale cause de la mauvaise qualité des produits, ont été sanctionnées, tandis que les gousses immatures qui ont circulé dans la région ont été détruites. La plupart des gousses attendues sur le marché doivent ainsi avoir atteint leur maturité, cette maturité étant une garantie essentielle de la bonne qualité de la vanille.

Des dates d’ouverture de campagne correspondant à la période de maturité de la majorité des gousses

Pour parvenir à maturation, les gousses de vanille ont besoin de neuf mois après la pollinisation. Si elles sont cueillies prématurément, le processus de vanillisation qui s’accélère vers le neuvième mois est interrompu, tous les principes actifs qui vont donner la vanilline lors du séchage ne peuvent plus se développer.

Avant que l’insécurité ne frappe la filière vanille, les paysans ne récoltaient que les gousses ayant atteint la maturité. Celles qui étaient encore immatures étaient laissées sur pied pour n’être cueillies que plus tard. Depuis que les vols de vanille sur pied se sont multipliés, toutes les gousses, même celles qui n’avaient pas encore développé toutes les arômes, étaient récoltées. C’est ainsi que les autorités avaient décidé de décréter une date précise pour l’ouverture de la campagne de commercialisation de la vanille verte.

Cette année, la vanille n'était récoltée qu'une fois parvenue à maturité

La vanille récoltée attend la date d’ouverture du marché avant d’être commercialisée

Les dates d’ouverture de campagne sont fixées par le ministère chargé du Commerce sur la base des propositions du Comité régional d’observation de la floraison (CROF). D’une manière générale, les dates retenues doivent se situer neuf mois après le jour où les pics de floraison sont atteints au niveau de chaque région. L’idée est qu’à la période des récoltes, au moins 80% des gousses ont atteint la maturité. Ce qui n’était pas le cas avant 2018, quand les dates retenues se situaient avant la fête de l’indépendance.

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En 2017, les exportateurs qui avaient acheté juste après le 20 juin, date d’ouverture de la campagne avaient constaté que dans les lots qui leur sont parvenus, 50% des gousses étaient encore immatures. Le ministre chargé du Commerce de l’époque, Armand Tazafy, avait lui-même reconnu qu’il y a eu une erreur dans la définition des dates d’ouverture.

En 2018, malgré les pressions diverses, notamment politiques, qui avaient demandé que les dates d’ouverture de campagne soient anticipées de manière à ce que les paysans puissent avoir de l’argent avant les festivités de l’indépendance, le ministère a retenu la date du 15 juillet. Ce qui a été plus ou moins respecté, mais au prix de gros efforts entrepris conjointement par les différents acteurs pour sécuriser les champs de vanille.

Efforts conjoints de tous les acteurs pour sécuriser les champs de vanille

Au premier trimestre de 2018, une réunion de l’Organe mixte de conception (OMC) élargie aux opérateurs de la filière vanille avait décidé que sanctionner les personnes soupçonnées de vols de vanille ou de détention de vanille immature sera une priorité. Pour faciliter la mise en œuvre de cette politique pénale, le groupement de la gendarmerie de la région de la Sava a été doté d’un véhicule tout-terrain et de quatre motos par la région Sava et de quatre autres véhicules tout-terrain par le Groupement des acheteurs et préparateurs de vanille de la Sava (GPAS).

Un « dinam-paritra » (convention coutumière à l’échelle régionale) a par ailleurs été mis en place pour mieux impliquer les communautés locales dans la mise en œuvre de la stratégie de sécurisation. Celles-ci ont été invitées à mettre en place des comités de vigilance communautaire afin de surveiller les champs de vanille et de contrôler les circulations de la précieuse épice. Mais elles ont été aussi encouragées à « dénoncer » toute personne soupçonnée d’infraction aux règlementations locales. Des primes allant jusqu’à 1 million d’ariary ont été promises par le GPAS à tous ceux qui auraient donné des renseignements sur ces infractions.

Les planteurs ont surveillé jour et nuit leurs champs de vanille

Les planteurs ont surveillé jour et nuit leurs champs de vanille

C’est ainsi qu’à la veille de l’ouverture officielle de la campagne de commercialisation de vanille verte, plus de 1000 personnes ont été arrêtées, et sur ces arrestations, 920 ont été placées en détention. « Ces chiffres ont été communiqués aux paysans qui ont retrouvé la confiance en l’Etat et qui, de ce fait, ont réduit le recours aux vindictes populaires », confie le lieutenant-colonel Sirnot Besoa, commandant du groupement de la gendarmerie de la région Sava. « Les collecteurs habitués à acheter prématurément la vanille verte ont également senti la détermination de l’Etat et ont pris peur », poursuit-il, avant de conclure que « cette année, nous avons maîtrisé la sécurité ».

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Malgré une campagne qui s’annonce moins catastrophique qu’en 2017 sur le plan de la qualité, les incertitudes demeurent quant à l’avenir de la vanille malgache. Les planteurs réclament que le prix soit le même que celui de 2017 alors que les acheteurs internationaux hésitent encore à acheter. La flambée des prix de ces dernières années a déjà réduit de 30% la part de Madagascar sur le marché de la vanille mondiale.

Des planteurs exigeants sur les prix

Vu la meilleure qualité de la production et les efforts qu’ils ont placés dans la sécurisation, les planteurs espèrent que le prix de la vanille verte sera cette année au moins égal à celui de l’année dernière, allant de 150 000 à 200 000 ariary le kilo. Certains d’entre eux, à l’instar de Maria Mamasy, planteur à Manantenina, commune de Maroambihy, Sambava, aimeraient même proposer jusqu’à 300 000 ariary. « Nous avons investi pour assurer la sécurité, mais nous avons aussi investi aussi bien du temps et de l’argent pour entretenir nos plantations et pour nous occuper de la vanille », explique Maria Mamasy qui rappelle que dans la culture de la vanille « tout se fait à la main ». « Nous devons acheter les lianes, renouveler les pieds de vanilles tous les trois ans », ajoute-t-elle encore.

Dans la plantation de la vanille, tout se fait à la main

Dans la plantation de la vanille, tout se fait à la main

Ces prix, réplique pourtant Georges Geeraerts, président du Groupement des exportateurs de vanille de Madagascar (GEVM), ne correspond pourtant à aucune réalité agronomique. Il estime que les prix ne doivent pas excéder les 100 000 ariary, mais rester dans les 80 000 ariary. « C’est un prix qui reste certes élevé pour les acheteurs, mais qui serait plus logique et pourrait être plus acceptable », indique-t-il.

A la fin de la première semaine d’ouverture de la campagne de commercialisation de 2018 de la vanille verte, certains paysans ont pu écouler leurs produits à 150 000 ariary le kilo, soit environ 48 dollars. Sur cette base, et après préparation et conditionnement, le prix de la vanille au départ de Madagascar pourrait atteindre jusqu’à 480 dollars le kilo, un prix élevé que redoutent particulièrement les acheteurs internationaux, d’où leur hésitation à acheter.

Hésitations des acheteurs internationaux

A l’ouverture de la campagne de commercialisation de la vanille verte, un certain nombre d’exportateurs n’ont pas encore obtenu de préfinancement de la part de leurs partenaires internationaux. « Les importateurs veulent voir comment se déroule le marché et voir si les prix vont se stabiliser avant de se positionner », explique Tombo Tam Hun Man, président de la Plateforme régionale de concertation pour le pilotage de la filière vanille (PRCP) de la Sava.

Les paysans attendent des acheteurs pour leur vanille

Les paysans attendent des acheteurs pour leur vanille

Les banques locales hésitent également à financer les exportateurs, n’étant pas sûres si la vanille malgache aura des acheteurs ou pas en 2018. Seuls ceux qui ont déjà des contrats avec des acheteurs ont pu obtenir des prêts auprès des banques locales, mais ils ne sont pas nombreux.

Les acheteurs internationaux continuent de se demander s’ils vont continuer à s’approvisionner à Madagascar ou s’ils vont se tourner vers d’autres origines ou d’autres formulations. Durant la campagne 2017, Madagascar a perdu 30% de sa part de marché sur le marché international. La vanilline de synthèse provenant d’autres épices naturelles telles que le girofle ou la cannelle commence à se faire une place, tandis que d’autres pays producteurs, telle que l’Indonésie reviennent sur le marché.

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Recours vers d’autres origines et d’autres formulations

Le prix élevé de la vanille naturelle de Madagascar, ainsi que la mauvaise qualité du cru 2017, tendent à amener les utilisateurs à réduire leur consommation. De nombreux reportages réalisés par la presse étrangère et internationale durant le premier semestre de 2018 indiquent que « depuis plusieurs mois, le monde de la pâtisserie boude la vanille »  .

Certains disent « réduire la gamme de produits contenant de la vanille », tandis que d’autres, notamment les « pâtissiers industriels », utilisent, soit l’éthylvanilline, de la vanilline artificielle obtenu à partir de procédés purement chimique, soit une autre forme de vanilline de synthèse obtenue à partir de l’eugénol contenu dans des épices telles que le girofle ou la cannelle. « C’est de la vanilline de synthèse mais considérée comme naturelle parce qu’obtenue à partir de produits naturels même si ce n’est pas de la vanille », comme l’explique Georges Geeraerts, président du Groupement des exportateurs de vanille de Madagascar (GEVM).

Dans le monde, la production de la vanilline de synthèse, beaucoup moins chère que la vanilline naturelle, est estimée à 12 000 tonnes par an, alors que la production de vanilline naturelle obtenue avec la vanille naturelle dont Madagascar est le premier fournisseur et producteur mondial n’est que de 30 tonnes par an.

La vanilline naturelle issue de la vanille naturelle ne représente qu'une infime partie de la consommation mondiale de la vanilline

La vanilline naturelle issue de la vanille naturelle ne représente qu’une infime partie de la consommation mondiale de la vanilline

Face à la flambée du cours de la vanille, les autres pays producteurs essaient également de booster leur production. Le ministère du Commerce et de la consommation souligne notamment le cas de l’Indonésie, actuellement deuxième producteur mondial de cette épice mais qui a déjà occupé la première place dans les années 1990. Compte tenu de la qualité de la production malgache, les acheteurs, ont tendance à se tourner de plus en plus vers ces autres origines, menaçant la première place mondiale de Madagascar.

Menaces sur la première place mondiale

La « mauvaise » qualité de la vanille malgache de la campagne 2017 a amené certains importateurs à ne pas accepter et ainsi à renvoyer vers la Grande île des conteneurs de vanille préparée. Certaines sources évoquent quatre à cinq conteneurs retournés pour cause de mauvaise qualité. Une mauvaise qualité, combinée avec des coûts élevés, ont également fait que des produits n’ont pas non plus trouvé preneurs lors de la dernière campagne. Dans le milieu de la vanille, on parle d’un stock de vanille préparée de 300 à 400 tonnes.

Pour la campagne 2017, la Grande île n’a exporté que 1 605 tonnes de vanille préparée, à peu près la même quantité que pour l’année 2016, mais 40% de moins que la quantité exportée en 2014-2015 qui était de plus de 2 000 tonnes.

Madagascar a exporté 1 600 tonnes de vanille préparée en 2017

Madagascar a exporté 1 600 tonnes de vanille préparée en 2017

Avec ces 1 600 tonnes d’exportation, Madagascar reste leader dans l’exportation de la vanille, mais cette quantité ne représente que 65% des besoins mondiaux de la vanille. Jusqu’alors, la Grande île fournissait pourtant 80% des demandes mondiales, dont 70% proviennent de la région de la Sava.

De qualité Bourbon, nom donné à la vanille produite dans le bassin du Sud-Ouest de l’océan Indien, la vanille de Madagascar est également considérée comme la meilleure au monde. Un terroir unique – plantation dans des forêts sauvages – combiné avec un climat favorable et un savoir-faire traditionnel en termes de préparation font que la vanille de Madagascar occupe encore aujourd’hui la plus haute marche du podium. Une place d’où elle risque d’être détrônée si la qualité laisse à désirer.

En attendant, la vanille est devenue en 2017 le premier produit d’exportation de Madagascar, devant le nickel-cobalt et le textile. Malgré une quantité à la baisse, la valeur est montée jusqu’à 680 millions de dollars, le triple de la valeur de la vanille exportée en 2015 avec une quantité de 40% plus élevée.