ChristianNtsay

Pourquoi Christian Ntsay?

L’heure au questionnement après la nomination surprise de Christian Ntsay comme Premier ministre lundi. Pourquoi le choix s’est-il porté sur ce fonctionnaire international?

Connaissance des rouages du pouvoir

Christian Ntsay, 57 ans, est le représentant de l’Organisation internationale du Travail (OIT) à Antananarivo pour les Comores, Madagascar, Maurice et Seychelles depuis 2008. Ce père de deux enfants est titulaire d’un diplôme de 3e cycle en technique de gestion et de direction d’entreprises du Centre d’études financières, économiques et bancaires (CEBEF), Paris/Marseille.

Le nouveau Premier ministre avait déjà fait une incursion dans les rouages du pouvoir. Il avait été ministre du Tourisme en 2002 lors de l’accession de Marc Ravalomanana à la tête du pays.

Auparavant, il avait occupé la tête de la compagnie pétrolière Solima, une société d’Etat qui avait eu le monopole du secteur pétrolier aval, et une autre société d’Etat qu’est la Société d’Etudes, de Construction et de Réparation Navales(Secren).

Au nom de l’équilibre régional

L’aspect de l’équilibre régional semble encore pris en compte dans la nomination du chef du gouvernement. Le choix d’une personnalité dont la famille est bien connue dans le Nord du pays est forcément entré en ligne de compte, pour remplacer Olivier Mahafaly, un natif de la région de Sofia.

Si, les discussions avaient tourné autour de Hery Rajaonarimampianina et du clan Rajoelina, l’ombre d’Albert Zafy semble encore, de près ou de loin, planer quelque part. Cet ancien membre du gouvernement du régime Ravalomanana fait partie du cercle familial d’Albert Zafy. Fils de militaire, il est membre d’une fratrie dont l’ancienne ministre Cécile Manorohanta, plutôt proche du parti Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM), fait partie.

Un premier ministre de « consensus »

Les bruits d’une réunion de haut niveau ces derniers jours semblent être pour quelque chose dans la nomination du Premier ministre. Brunelle Razafintsiandraofa, président du groupe parlementaire Miaraka amin’i Prezidà Rajoelina (Mapar) à l’Assemblée nationale, reconnaît l’existence des « discussions » entre Hery Rajaonarimampianina et Andry Rajoelina, tout comme des « échanges » pour la nomination du Premier ministre.

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Attendu lors de l’annonce de la nomination, Christian Ntsay, qui n’endosse pas l’étiquette avéré du « 13 Mai », ne s’est pas présenté à la presse à Iavoloha lundi. Par contre, le nouveau chef du gouvernement a pris soin de rencontrer les parlementaires du Mapar.

De son côté, le parti Tiako i Madagasikara (TIM) reconnaît le droit du Mapar de proposer le Premier ministre, sur la base de la décision de la HCC du 25 mai. Il « prend acte » de la nomination. Seulement, la formation politique fondée par l’ancien président Marc Ravalomanana fait part de son désaccord sur la manière dont le chef du gouvernement a été nommé. La nomination, a priori, se serait faite son insu alors que ses députés font partie intégrante du bloc de parlementaires qui mènent le mouvement sur la Place du 13 Mai. Elle reste également attentive à la façon de former le gouvernement, alors qu’officiellement, son bureau politique affirme ne pas disposer entre ses mains les clés de répartition.

Un profil « international »

Christian Ntsay a une carrière internationale. Il avait été expert internationale de l’OIT dans plusieurs pays de l’Afrique entre 199 et 2007. Il avait également été consultant, entre autres, pour le compte du Pnud, de la Banque mondiale, de l’Union européenne.

La communauté internationale s’est empressée de réagir à la nomination du Premier ministre. Violet Kakyomya, représentante résident du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et coordinatrice des Systèmes des Nations Unies a rappelé l’appartenance du nouveau chef du gouvernement au Système des Nations unies. Elle fait part de sa disposition « de travailler avec Christian « . Dans un communiqué, publié à 17h05, soit une dizaine de minutes après l’annonce présidentielle, Ramtane Lamamra, Haut représentant de l’Union africaine, « salue la réalisation d’un consensus politique qui a permis la nomination ».

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De là à imaginer un scénario de 2011 pour le processus de nomination du Premier ministre de consensus de la transition, il y a un pas difficile à franchir. Le scénario de nomination contraste avec le spectacle, conjugué avec un suspense d’une journée de négociations au palais d’Iavoloha, en présence de la presse, pour la désignation d’Omer Beriziky. Cette fois-ci, les acteurs des négociations ont pris soin de jouer la discrétion.

L’expérience du Mapar

Le Mapar, considéré comme étant le groupe ayant le plus grand nombre des députés à l’Assemblée nationale, a assumé la proposition Christian Ntsay, comme Premier ministre. Il accepte d’avaler la pilule après avoir clamé le départ du Président de la République et la nomination d’un chef du gouvernement qui n’est pas issu des députés de l’opposition.

Cette fois-ci, le Mapar change de stratégie par rapport à l’épisode de la nomination du premier Premier ministre de la IVe République en 2014. A l’époque, il avait engagé le bras de fer en acculant le chef de l’Etat, en proposant un seul nom, pour occuper le poste. Une attitude qui avait débouché sur une crise politique, puis un scénario inattendu, faisant perdre au Mapar la main sur l’échiquier politique.

ll reste désormais au Mapar de convaincre ses alliés sur la Place du 13 Mai, d’avaler la couleuvre. Le départ anticipé du chef de l’Etat, s’il se porte candidat à la présidentielle anticipée, dictée par la HCC, est avancé auprès de leurs alliés respectifs.

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Questions en suspens

Comme le Premier ministre de consensus Omer Beriziky durant la transition, Christian Ntsay est attendu dans la formation du gouvernement. Selon certaines indiscrétions, les négociations sur les clés de répartition dans la formation du gouvernement sont engagées en même temps les discussions sur la nomination du Premier ministre. Christian Ntsay avait déjà eu un premier échange avec les parlementaires Mapar.

L’autre question concerne sa capacité à gérer les protagonistes de la crise. La nomination d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement sont une chose. Le fonctionnement des institutions issues d’une crise pour préparer une élection en est une autre. L’exemple de la nomination d’Eugène Mangalaza comme Premier ministre et l’expérience de la co-présidence durant la transition en sont l’illustration. L’on ne sait pas si l' »accord » conclu se limite aux clés de répartition ou inclut les règles de conduite pour gérer cette transition qui ne dit pas son nom.

Une autre question se pose concernant le sort des députés « indépendants » du 13 mai et ceux des autres formations politiques, non-issus du HVM et du Mapar. Le Tim attend encore l’évolution de la situation. Hery Rajaonarimampianina avait évoqué « la mise en place d’un gouvernement ouvert aux autres forces politiques pour garantir la neutralité de l’organisation de l’élection présidentielle ». Il reste à savoir jusqu’à quel point cette ouverture sera effectuée.

Une fois la question du gouvernement réglée, d’autres sujets restent à trancher, comme c’est le cas de la composition de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) ou encore les textes électoraux ou encore le calendrier électoral. Les législatives devraient intervenir durant le premier trimestre de l’année 2019, selon l’avis de la HCC.

Textes : Iloniaina Alain

Photo : Présidence