L'archevêque de Toamasina est créé Cardinal

La création du Cardinal Désiré Tsarahazana en trois questions

Huit ans après le décès du Cardinal Gaëtan Razafindratandra, Madagascar a enfin un Cardinal. Celui-ci n’est pourtant pas l’archevêque d’Antananarivo comme le veut la tradition. C’est Mgr Désiré Tsarahazana, archevêque de Toamasina qui sera élevé à la pourpre par le Pape François lors d’un consistoire le 29 juin prochain. Ce qui soulève la question de la représentation de l’Eglise catholique au sein du FFKM. Membre du collège des Cardinaux, Mgr Désiré Tsarahazana participera, par ailleurs,  à la gestion de l’Eglise et conseillera le Pape sur les questions  qui intéressent l’Eglise. 

Premier cardinal pour le diocèse de Toamasina

La tradition veut que le titre de Cardinal revienne à l’archevêque en charge du diocèse d’Antananarivo, le diocèse le plus important du pays, d’où la question que beaucoup se posent. Les trois premiers Cardinaux malgaches ont tous été des archevêques d’Antananarivo : Mgr Jérôme Rakotomalala (28 avril 1969 – 1er novembre 1975), Mgr Victor Razafimahatratra (24 mai 1976 – 4 août 1992) et Mgr Armand Gaëtan Razafindratandra (26 novembre 1994 – 9 janvier 2010). Cette fois, le Saint Père a désigné l’archevêque de Toamasina, Mgr Désiré Tsarahazana.

La nomination de l’archevêque de Toamasina est analysée par le journal pro-catholique La Croix comme la volonté du Pape François de « faire fi de la notion de siège cardinalice, ces grands évêchés du monde dont les titulaires semblaient promis d’office à la barrette ». Outre Madagascar, La Croix évoque aussi « le Japon où l’archevêque d’Osaka est promu plutôt que celui de Tokyo » et « l’Italie où le chapeau tombe cette fois sur L’Aquila – qui n’avait pas eu de Cardinal depuis le XVIème siècle – plutôt que sur Venise ou Turin ».

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Ce n’est pas la première fois que le Pape François crée « Cardinal des personnes qui occupent des postes lointains ou bien des évêchés qui n’avaient jamais eu de cardinaux », a déjà noté l’historien Jean Baptiste Noé, spécialiste de l’histoire du christianisme. Le Saint Père semble même en avoir fait une politique comme le souligne l’historien, dans une interview accordée au site atlantico.fr. « Le Pape a la volonté de rompre avec certaines habitudes de création cardinalice », explique-t-il. C’est ainsi qu’ont été nommés Cardinaux le nonce en Syrie et les évêques d’Haïti, de Rangoun, de Bangkok, du Laos, de Centrafrique ou des îles Tonga. « Cela illustre la volonté du Pape de toucher tous les continents et de montrer que le collège cardinalice reflète l’universalité de l’Eglise », poursuit encore l’historien.

En matière d’élévation au cardinalat, le principe est d’ailleurs la liberté de choix du Saint Père, et celui-ci se fait généralement « intuitu personae », c’est-à-dire en fonction de la personne.   Pour beaucoup d’observateurs malgaches, la position adoptée par l’actuel archevêque d’Antananarivo n’est pas étrangère au fait que le Pape lui ait préféré l’archevêque de Toamasina.

Pendant la transition, Mgr Odon Razanakolona s’est beaucoup affiché aux côtés des dirigeants de la Transition lors des cérémonies officielles alors que les autres chefs d’Eglise se faisaient plus discrets à l’époque. Il est cependant difficile de conclure que la gestion par l’Eglise de la crise de 2009, ainsi que le lobbying contestait une éventuelle nomination de Mgr Odon Razanakolona au cardinalat, aussi bien sur les réseaux sociaux que jusque dans les hautes sphères de l’Eglise, aient pu influencer la décision du Pape François.

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La représentation de l’Eglise catholique au sein du FFKM en question

Avec un nouveau Cardinal, qui représentera l’Eglise catholique au sein du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM)? Pour l’instant, la tâche revient à Mgr Odon Razanakolona en tant qu’archevêque en charge du diocèse d’Antananarivo. Contrairement aux autres Eglises membres du FFKM, l’Eglise catholique n’est pas représentée par le président de la conférence des évêques à Madagascar (CEM) qui est élu par ses pairs issus de toute l’île, mais par l’archevêque en charge du diocèse d’Antananarivo, qui avant Mgr Odon Razanakolona avait toujours été Cardinal.

Comme le titre de Cardinal est un poste politique, il n’est pas exclu que l’Eglise catholique soit désormais représentée par le Cardinal. La désignation devrait relever de l’organisation interne des évêques. Il n’est cependant pas exclu que le Pape ne décide de faire une permutation entre l’archevêque d’Antananarivo et celui de Toamasina pour permettre au Cardinal de siéger dans la Capitale.

Conseiller le Pape en fonction principale du Cardinal

La fonction la plus connue d’un Cardinal est celle de l’électeur du Pape. Comme le nouveau Cardinal malgache a moins de 80 ans, âge limite pour faire partie du collège des électeurs, il fera partie du conclave en cas de vacance de poste du Souverain pontife. Né en 1955, Mgr Désiré Tsarahazana n’a aujourd’hui que 63 ans.

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Comme il fera partie du Collège des cardinaux qui est parfois appelé « Sénat » de l’Eglise, à partir du 29 juin, Mgr Désiré Tsarahazana devra assister le Pape dans la conduite de l’Eglise catholique romaine et participera aux consistoires ordinaires et extraordinaires auxquels participent tous les Cardinaux. Dans le cadre de cette fonction, il est donc appelé à réfléchir aussi bien sur des sujets concernant l’Eglise que sur des questions particulièrement importantes pour l’Eglise.

Le nouveau Cardinal qui sera appelé à conseiller le Pape sur certaines questions voit dans sa nomination un soutien du Pape au peuple malgache qui souffre. « Le peuple malgache a besoin d’être soutenu puis d’être reconnu, et c’est dans ce sens que je comprends cette nomination », a déclaré Mgr Désiré Tsarahazana au site d’information Vaticannews. Avoir un Cardinal signifie que « nous serons désormais plus proches de Rome et Rome plus proche de nous à travers la personne du Cardinal », disait en 2014 un archevêque africain.

Considérant l’Eglise comme une « institution crédible » à qui les gens s’adressent et qui est encore vu comme étant « le porte-parole du peuple », Mgr Désiré Tsarahazana semble vouloir se donner comme l’une des missions principales celle de « faire attention pour ne pas décevoir la population ».