Le défaut d'assainissement est à l'origine des maladies comme la peste

Des failles dans la surveillance épidémiologique de la peste

Si la peste a pu s’étendre jusqu’à faire plus de 120 morts en deux mois, c’est aussi parce que la surveillance, au cœur du programme national de lutte contre la peste, a connu une certaine défaillance. L’absence de notification de suspicion de peste sur le patient zéro alors qu’il a présenté les premiers symptômes le 23 août, tout comme le défaut de notification de son décès le 27 août indiquent une certaine faille dans le système.

Défaillance communautaire
Si la flambée épidémique actuelle de peste pulmonaire urbaine est survenue, c’est parce qu’un cas de peste bubonique attrapé à Ankazobe n’a pas été diagnostiqué de manière précoce. Et même quand il s’est aggravé, a pris sa forme pulmonaire et a tué le patient, les responsables sanitaires qui ont déclaré son décès n’ont pas soupçonné un cas de peste. Le porteur de la bactérie, s’étant déplacé alors qu’il était encore malade, a transmis le microbe à plusieurs autres personnes qui, à leur tour, en ont contaminé d’autres. Il s’est écoulé quinze jours entre le premier décès et la première notification qui a déclenché l’alerte auprès des autorités sanitaires nationales.
Le schéma relatif aux réseaux de surveillance de la peste indique que la première alerte devrait être lancée au niveau communautaire. Il semblerait que pour le patient zéro, la communauté, chargée de signaler le cas auprès des centres de santé de base (CSB) ou des centres hospitaliers de district (CHD), semble avoir manqué à son obligation. « Les gens refusent souvent d’admettre qu’ils ont la peste, ou refusent de consulter », martèle le ministère de la Santé. A moins qu’en l’absence de sensibilisation, ils ne sachent tout simplement pas quel comportement adopter lorsqu’ils sont en face de décès inexpliqués ou de mortalité murine élevée à l’approche de la saison pesteuse.

Dégradation du système de santé
Il n’est pourtant pas exclu que, pour diverses raisons, les services de santé de proximité n’aient pas été accessibles aux patients. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît dans son relevé épidémiologique du 26 février 2016 que Madagascar dispose d’un « système de surveillance épidémiologique performant » en matière de surveillance peste. Mais dans la même publication, elle soulève que l’augmentation des formes graves de la peste « traduit une dégradation du système de santé liée à la crise socio-politique qui a frappé le pays au cours des dernières années », faisant référence aux cas des années 2013, 2014 et 2015 où la létalité globale était de plus de 20% à cause de la hausse de la fréquence des cas de peste pulmonaire.
Face à une surveillance laxiste et en l’absence de travaux d’anticipation dans les zones où la peste est endémique, les cas de peste bubonique qui y surviennent s’aggravent et prennent une forme pulmonaire, encore plus contagieuse en raison de son mode de transmission directe, et plus virulente dans la mesure où sans traitement, le taux de létalité est de 100%. « Faute de moyens et en l’absence de motivation, les médecins des zones rurales ne viennent plus auprès des communautés pour sensibiliser les populations à la veille sanitaire ou même pour des recherches actives », confie un spécialiste de la Santé publique ayant déjà travaillé dans une localité faisant partie du triangle pesteux. « Ils se contentent d’attendre que les gens viennent se faire consulter ou rapportent oralement les cas auprès de leurs bureaux », poursuit-il.
Au ministère, on laisse plutôt entendre qu’il revient avant tout à la population de venir auprès des centres de santé quand des problèmes sanitaires surviennent. « Si le ministère parle de saison pesteuse, c’est pour inciter et inviter les gens à commencer à prendre des précautions et à prévenir la maladie. Ce n’est pas du tout pour la banaliser », martèle un responsable auprès du département de la Santé publique. « Le ministère intervient en aval, essentiellement quand la maladie apparaît », poursuit-il, regrettant que tous les reproches tombent sur le ministère.

Défaut de vigilance en zone non-endémique
Mais il est également possible que les médecins ayant consulté le patient zéro et les premiers cas secondaires décédés avant le 11 septembre n’aient pas diagnostiqué la peste parce qu’ils sont mal informés sur la maladie ou ne connaissent pas suffisamment les symptômes. Si le système d’alerte existant n’a pas permis d’anticiper l’actuelle flambée épidémique, c’est entre autres parce que « la peste est survenue dans une zone non-endémique », concède d’ailleurs Charlotte Faty Ndiaye, représentante de l’OMS à Madagascar. « Cela a surpris tout le monde en matière de surveillance », souligne-t-elle, entre autres.


Ce n’est pourtant pas la première fois que la peste survient dans une zone non-endémique ces dernières années. En décembre 2016, Befotaka, « district situé à l’extérieur de la zone d’endémie connue à Madagascar » et où « aucun cas de peste n’a été signalé depuis 1950 » comme l’indique le bulletin d’information sur les flambées épidémiques publié en janvier 2017 par l’OMS, et un district voisin, Iakora, ont connu une flambée épidémique ayant fait au moins 26 morts. « Cette situation aurait dû inciter les autorités à plus de vigilance parce que c’est un signe qu’il y a ré-émergence », signale le médecin spécialiste de la Santé publique.
Dans son bulletin, l’OMS évoque d’ailleurs la nécessité de « nouvelles investigations écologiques pour comprendre pourquoi une flambée de peste a eu lieu dans une zone où aucun cas n’avait été notifié depuis 1950, et pouvoir ainsi adapter les mesures de surveillance et de lutte à long terme ».

Iloniaina Alain

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