le president rajaonarimampiaina et son premier ministre olivier mahafaly

Quels messages peut-on percevoir après le mini-remaniement?

Le Président Hery Rajaonarimampianina a procédé au remplacement de trois ministres du gouvernement Mahafaly jeudi. Quelques hypothèses peuvent être avancées pour expliquer le choix présidentiel pour gérer le pays. Décryptage.

Un Gouvernement de « combat »  

Les  bruits d’un changement du gouvernement avec une large ouverture avaient circulé ces derniers jours avant que le chef de l’Etat en décide autrement. Finalement, ce dernier n’a remplacé que trois ministres. La nomination d’un candidat du parti Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) aux sénatoriales – Lanto Rasoloelison, ministre de l’Eau, des mines et de l’hydrocarbure – et celle de Harry Laurent Rahajason – ministre de la Communication et des relations avec les institutions – peuvent être considérées comme une volonté de resserrer les rangs derrière le chef de l’Etat. Le verrouillage du gouvernement pourrait alors être considéré comme une volonté du pouvoir de fourbir ses armes afin de pouvoir faire face à toute menace à venir, de par ses choix, à quelques encablures de la présidentielle.

Contre vents et marées, le Président de la République maintient sa confiance aux ministres en place malgré le scandale né de l' »affaire Claudine Razaimamonjy » qui touchent de près ou de loin, d’une manière ou d’une autre plusieurs membres du gouvernement. A moins de nouvelles contraintes dictées par l’impératif du moment, la conservation de l’ossature gouvernementale disculpe les ministres de l’observation présidentielle faisant part de l’existence des « mpamosavy malemy » dans le cercle du pouvoir, annoncée lors de la cérémonie de présentation des  vœux des corps constitués en janvier.

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Rupture officielle avec Marc Ravalomanana

Le limogeage de Roland Ravatomanga, ministre de l’Eau, de l’assainissement et de l’hygiène, pourrait être interprété comme un message de rupture totale des relations entre le régime avec l’ancien président Marc Ravalomanana, à un an et demie de la présidentielle. Certes, la relation ambigüe entre l’ancien ministre et l’ancien président existe quant au principe de représentativité du Tiako i Madagasikara (Tim) au sein du régime, mais le choix est limpide aux yeux de l’opinion. Le bras de fer entre le HVM  et le Tim, à travers la gestion de la Mairie d’Antananarivo, ainsi que le sort des avoirs de Marc Ravalomanana polluent les relations entre Hery Rajaonarimampianina et l’ancien président. Mine de rien, la rencontre entre les deux anciens présidents Marc Ravalomanana et Albert Zafy moins de 24 heures après le remaniement constitue une réponse du fondateur du Tim à l’initiative présidentielle.

Guerre déclarée contre Andry Rajoelina

La nomination de Harry Laurent Rahajason peut-être lue comme étant une mesure préventive, ou une riposte c’est selon, vis-à-vis de l’ancien président de la Transition Andry Rajoelina, candidat déclaré à la présidentielle, et de son clan. L’animosité entre le président Hery Rajaonarimampiaina et l’ancien président de la Transition n’est plus à présenter. Dans cette optique, le choix de Harry Laurent Rahajason, un des membres du premier cercle de Andry Rajoelina durant la transition, constitue une option afin de neutraliser un adversaire aux prochaines échéances électorales. La nomination entre dans la droite ligne de la « rupture dans la continuité » lancée lors de la présidentielle de 2013.

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Le chef de l’Etat, lui, ne cesse de vilipender des hommes politiques qu’il accuse de déstabiliser le régime sans citer de nom.  Il l’a encore réitéré lors de l’inauguration de l’école publique à Andrefan’Ambohijanahary jeudi. Mais de là à faire un lien entre ces deux éléments, il y a un pas difficile à franchir.

Un choix dictée par la dynamique géopolitique ?

Hery Rajaonarimampianina a brandi la notion de « souveraineté nationale », de « fierté nationale » et encore de « valeurs malgaches » au cours de son allocution lors de l’inauguration de la réhabilitation d’une école publique à Andrefan’Ambohijanahary jeudi matin. Coïncidence ou hasard de calendrier, l’annonce intervient quelques semaines après la visite présidentielle en Chine à la fin du mois de mars et la visite du président turc Tayyp Recep Erdogan au mois de janvier. Madagascar, jusque-là, considéré comme plus proche des bailleurs de fonds traditionnel semble esquisser, à tort ou à raison, une main-tendue aux « puissances émergentes » à l’Est.

Ces événements s’enchaînent au moment où la question relative à l’ordre mondial se trouve sur la table.  La crise de Crimée, la guerre en Syrie et récemment la tension  en Corée du Nord, stigmatisent les tensions entre les « occidentaux » et les « pays émergents ».

Plus près de nous, les partenaires techniques et financiers traditionnels se positionnent pour une lutte contre la corruption, à travers l' »affaire Claudine Razaimamonjy ». Celle-ci risque d’éclabousser le régime dans la mesure où plusieurs membres de l’Exécutif pourraient être mis en cause, pouvant ainsi déstabiliser, le cas échéant, le régime, quelle que soit l’issue judiciaire du dossier. Jusqu’ici, les tenants du régime préfèrent observer un silence assourdissant dans le dossier alors que l' »évacuation sanitaire » de la femme d’affaires met en suspens de facto la procédure judiciaire engagée contre cette dernière.  Le mini-remaniement a, entre-temps, été opéré.

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Nouveau remaniement à ne pas exclure

La recherche d’un nouveau souffle à l’entame de la ligne droite avant la fin du mandat présidentiel est une pratique politique admise partout dans le monde. Au nom de la stabilité, la logique veut qu’aucun remaniement ne soit plus attendu avant la course à la magistrature suprême, attendue dans environ un an et demie . D’ailleurs, le régime actuel avait déjà grillé le joker en nommant trois Premier ministre en quatre ans de pouvoir avec, comme conséquence, une valse des ministres, handicapant le pays par un manque de rythme à cause d’une manque continuité dans le fonctionnement de l’Etat.

Mais le pouvoir en place a une autre logique qui laisse penser la possibilité d’un nouveau remaniement. La petite retouche opérée est, dans une certaine mesure, cohérente par rapport au discours de « recherche de stabilité » voulue au Sommet de l’Etat. A priori, le Président de la République écarte la mesure radicale et préfère opérer par étapes. Il écarte un « tsunami » et ses conséquences pouvant fragiliser le régime alors qu’il doit déjà assumer les conséquences de ses choix politiques aussi bien au niveau national qu’international.