29marsMoramanga

Devoir de memoire – Que commémorons-nous le 29 mars ?

Plusieurs événements sont organisés dans le cadre de la commémoration du 70ème anniversaire de l’insurrection du 29 mars 1947. Mais que commémorons-nous exactement le 29 mars, que s’est-il réellement passé ce jour-là et pourquoi les Malgaches ont-ils pris les armes contre les colonisateurs ?

 

Que s’est-il passé le 29 mars 1947 ?

 
La date du 29 mars 1947 marque le début d’une lutte armée menée par des Malgaches acquis à l’idée d’indépendance contre la domination coloniale française à Madagascar. Il est actuellement acquis que cette lutte a été préparée par des organisations secrètes nationalistes, en l’occurrence le JINY ou JINA (Jeunesse Nationaliste), créé en 1943 par Monja Jaona, et le PANAMA (Parti Nationaliste Malgache), créé en 1941 par Lucien Andriamiseza.
 
L’insurrection a éclaté dans la nuit du samedi 29 au dimanche 30 mars 1947 avec l’attaque par des groupes d’insurgés des camps militaires et des concessions appartenant à des colons français dans différents points de l’île, en particulier à Moramanga et à Manakara. Par la suite, elle va s’étendre dans quelques districts de la côte Est et des Hautes terres.
 
Dans la zone nord, à partir de Moramanga, elle s’étend dans les districts de Manjakandriana, d’Anjozorobe, d’Ambatondrazaka, de Brickaville, de Tamatave et de Fénérive, tandis que dans la zone sud, elle s’étend dans les districts de Vohipeno, de Mananjary, de Nosy Varika, d’Ifanadiana, d’Ambositra et d’Ambohimahasoa. Le « secteur nord » a été dirigé par Victorien Razafindrabe , et le « secteur sud », encadré par Michel Radaoroson .
 

Quand l’insurrection a-t-elle effectivement pris fin ?

 
D’une manière générale, le mouvement insurrectionnel s’est déroulé entre mars 1947 et décembre 1948, et a affecté un sixième (1/6) de l’île. Elle a pris fin lorsque les foyers ont été anéantis par les forces armées coloniales, avec la mort au combat de Radaoroson Michel le 20 juillet 1948, et la capture de Victorien Razafindrabe dans la région d’Anosibe an’Ala le 2 septembre 1948.
 
La lutte armée des paysans insurgés a échoué à cause de la dureté de la répression militaire menée par les forces armées coloniales. Selon les estimations établies par différents auteurs, l’insurrection et la répression qui l’a suivie ont fait entre 30.000 et 90.000 morts, dont une grande majorité de Malgaches.

Qu’est-ce qui ont motivé les Malgaches à prendre les armes contre les colonisateurs ?

 
Les membres des sociétés secrètes ont déclenché l’insurrection dans l’espoir d’obtenir rapidement l’indépendance de l’île. Mais la tendance actuelle est à l’étude d’un mouvement armé organisé en plusieurs insurrections, qui avaient chacune ses spécificités. Des personnes ont pris les armes contre les Français, motivées par l’idée que la lutte contre les Français leur permettra d’avoir de meilleures conditions de vie.
 
Une historienne qui a travaillé sur l’insurrection dans le district de Mananjary a avancé l’idée que l’insurrection trouve son origine dans la région de Mananjary dans le conflit foncier qui oppose les paysans malgaches aux colons français.  Les paysans de la côte Est, victimes des abus de l’administration française et des petits colons réunionnais, vont donc rallier la cause des sociétés secrètes car ils veulent se libérer du régime de la colonisation.

Comment commémorons-nous l’insurrection de 1947 ?

L’insurrection de 1947 a engendré une division entre les Malgaches et un antagonisme entre les différents groupes de la population, même si le mouvement a vu la participation de populations issues de différentes régions de Madagascar. L’utilisation du terme « traître » par les nationalistes pour désigner ceux qui étaient favorables à la présence française à Madagascar n’a pas arrangé les choses. C’est ainsi que pendant plusieurs années, il n’y a eu aucune commémoration officielle de cet événement.
 
La première commémoration officielle de l’insurrection de 1947-1948 remonte en 1967. Elle s’inscrit dans le cadre de la politique du président Philibert Tsiranana de favoriser la réconciliation entre Malgaches, qui étaient divisés par cet événement douloureux. Pendant la Première République (1958-1972), la commémoration revêt simplement la forme d’un recueillement et d’un souvenir pour tous ceux qui étaient morts pendant les événements de 1947-1948.
 
Au temps de la Deuxième République (1975-1991), le pouvoir révolutionnaire, dirigé par le président Didier Ratsiraka, a donné un  éclat particulier à la commémoration de la journée du 29 mars en élevant les insurgés au rang de martyrs et de héros de la Révolution socialiste. A partir de 1977, année marquant le 30è anniversaire du soulèvement nationaliste, des grandes manifestations officielles sont tenues dans les hauts-lieux de l’insurrection, particulièrement dans les villes de Moramanga et de Manakara, afin d’honorer la mémoire des héros de la lutte anticoloniale.
 
A son retour au pouvoir en 1997, Didier Ratsiraka a donné une autre orientation à la commémoration, avec le thème du Fanilomiampita ou la passation du flambeau nationaliste aux jeunes générations.
 
Depuis les années 2000, les commémorations s’inscrivent simplement dans la continuité des pratiques mises en place par Didier Ratsiraka et son équipe avec l’organisation de cérémonies officielles dans la capitale et dans différentes localités dans l’objectif d’associer l’ensemble des Malgaches à la mémoire de ceux qui ont lutté pour l’indépendance de l’île.