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La révision des contrats des prestataires de la Jirama en cinq points

De nouveaux contrats devraient régir les relations commerciales entre la société de distribution d’eau et d’électricité (Jirama) avec ses fournisseurs à partir de mars. Le Premier ministre Christian Ntsay a annoncé que les contrats de fourniture d’électricité ou de location de groupe devraient être revus dans les plus brefs délais. Qu’est-ce qui changera dans les contrats ? Et pourquoi les autorités tiennent-elles tellement à cette révision ? Les réponses aux principales questions en quelques points.

Ce qui devrait changer dans les contrats

La Jirama ne devrait plus acheter elle-même les carburants qui font tourner les centrales thermiques gérées par ses partenaires. Elle ne se chargera plus non plus du transport de ces carburants. Si les contrats changent, la location des groupes, l’achat ou le transport de carburants jusqu’au niveau des centrales seront regroupés dans un pack. Le ministre en charge de l’Energie, Vonjy Andriamanga, parle de « coûts complets ». Olivier Jaomiary, directeur général souligne que « la société d’État n’aura donc plus qu’à régler l’électricité que ces prestataires produiront et sera épargnée des coûts cachés ». Ces coûts cachés, plusieurs fois dénoncés par les autorités, sont les charges que la Jirama paie à ses prestataires alors qu’elles ne correspondent pas à la production fournie.

Ce qui était prévu dans les anciens contrats

Deux types de contrats lient la Jirama avec ses « fournisseurs d’électricité » : la location de groupe ou l’achat d’énergie. Ces contrats, selon le Premier ministre comporte des « clauses léonines qu’il est hors de question d’accepter ».

En cas de location de groupe, la Jirama paie le « loyer » auprès du propriétaire du groupe mais se charge de faire tourner et d’assurer la maintenance de l’infrastructure et des matériels. Pour faire tourner le groupe loué, la Jirama achète bien évidemment les carburants et les fait livrer. Quand le groupe loué ne tourne pas, parce que l’électricité produite par les centrales hydroélectriques ou autres appartenant à la Jirama offre suffisament d’électricité au réseau, la Jirama paie quand même le loyer.

Dans le second type de contrat, le groupe est géré par son propre propriétaire qui se charge aussi bien de le faire tourner que d’en assurer la maintenance. Lorsque l’achat se fait auprès de centrales thermiques, la Jirama fournit les carburants nécessaires à la production de l’électricité. Mais même quand ces centrales ne tournaient pas, parce que la Jirama n’a pas besoin de leur production ou parce qu’elle n’a pas les moyens d’acheter les carburants, la Jirama devait quand même payer un prix plancher convenu dans le contrat.

Ce que la Jirama devait payer à ses fournisseurs d’électricité

Selon le Premier ministre Christian Ntsay, qui a visité les centrales thermiques sises à Ambohimanambola le 25 février, la Jirama devait payer un forfait mensuel de 11 millions de dollars, soit environ 45 milliards d’ariary, aux propriétaires des centrales qu’elle loue même quand celles-ci ne fonctionnaient pas. « La Jirama doit débourser 11 millions de dollars, 45 milliards d’ariary alors que ces groupes ne sont même pas utilisés », a-t-il déclaré, très remonté, lors de la visite. « Ce n’est pas juste. C’est inacceptable. Comment peut-on payer pour des matériels que nous n’utilisons même pas », a-t-il poursuivi. Les centrales louées ne sont pas utilisées pour deux raisons : soit parce que l’électricité fournie par les centrales hydroélectriques est suffisante pour couvrir les besoins des abonnés, soit parce que la Jirama n’a pas les moyens financiers d’acheter les carburants pour faire tourner les groupes électrogènes même quand elle en a besoin.

Avec 600 milliards d’ariary de recette annuelle, soit 50 milliards d’ariary par mois, la Jirama ne peut pas couvrir l’achat des carburants. Pendant plusieurs années, c’est l’Etat qui devait payer cet achat avec les subventions allouées à la compagnie de distribution d’électricité. Or, ces subventions, inscrites dans les lois de finances n’ont pas toujours été payées à temps, ce qui avait obligé la Jirama à puiser dans ses propres ressources pour payer ses fournisseurs. 

Ce que les prestataires pensent de la révision des contrats

« Nous sommes en train de parvenir à des négociations importantes avec l’ensemble des opérateurs qui travaillent avec l’État malgache », a déjà déclaré le Premier ministre le 25 février. Un seul prestataire semble encore jusqu’ici rechigner à revoir les clauses du contrat qui le lie à la société d’État. Mais « les négociations se poursuivent afin de convaincre ce prestataire de revoir ses coûts », insiste Vonjy Andriamanga, ministre de l’Energie. Ce prestataire serait, selon une source auprès de la compagnie, l’un des plus importants partenaires de la société d’État. Certaines indiscrétions rapportent que le coût moyen unitaire de l’électricité produite par la centrale thermique de ce prestataire récalcitrant serait de 60 cents dollars par kilowattheure alors que la moyenne nationale est de 21 cents dollars par kilowattheure.

Le régime Rajaonarimampianina avait déjà envisagé de « réviser les contrats » avec les fournisseurs de la Jirama, mais si des renégociations ont pu être faites avec certains prestataires, la démarche n’a pas pu être menée avec l’ensemble des opérateurs.

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Les impacts attendus de ces nouveaux contrats

La première conséquence attendue de la signature des nouveaux contrats avec les prestataires est d’abord la diminution des charges mensuelles de la Jirama. Les nouvelles clauses des contrats devraient induire automatiquement une réduction des coûts. Avec cette nouvelle entente, le délestage qui sévit dans de nombreuses localités du pays devrait également être réduit. Comme l’achat des carburants nécessaires à la production de l’électricité sera pris en charge par le propriétaire de la centrale qui est censé en avoir les moyens, contrairement à la Jirama qui n’en a pratiquement pas, l’approvisionnement de l’électricité auprès des foyers devrait se faire de manière plus ou moins régulier. 

Rado Andriamampandry

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