L'agriculture a affiché de mauvaises performances

Les pauvres restent exclus de la croissance

Madagascar a connu une croissance soutenue ces cinq dernières années grâce au dynamisme du secteur tertiaire et à une bonne performance des activités industrielles. La majorité de la population ne ressent pourtant pas les bénéfices de cette croissance. La pauvreté s’est à peine réduite en cinq ans.

Amélioration constante de la croissance

Croissance robuste, solide, en hausse. La note de conjoncture économique publiée au 31 juillet par la Banque mondiale paraît plutôt optimiste. « La croissance économique de Madagascar est en hausse depuis cinq ans »,  indique le rapport sur les évolutions économiques récentes de Madagascar. « De 2013-2017, le produit intérieur brut de Madagascar  a augmenté de 2,3% à 4,2%. Cette année, la prévision de hausse du Pib avoisine les 5% », a confirmé Coralie Gevers, sa responsable des opérations à Madagascar.

La Banque mondiale évoque également une « croissance moyenne qui se compare favorablement aux autres pays ». Avec une croissance moyenne de 3,7% de 2014 à 2017, la Grande île affiche une bonne note par rapport à l’Afrique subsaharienne où la croissance moyenne annuelle durant la même période est de 2,9%.

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Les principaux moteurs de cette croissance sont l’industrie et les services. En 2017, la croissance des activités du secteur secondaire  est estimée à 8,9%, tandis que celle des services s’est élevée à 5,2%. Le rapport mentionne particulièrement les services de transport, le commerce, le secteur bancaire, ainsi que les biens et services produits dans les zones franches économiques. Ces derniers, indique la note de conjoncture, « ont contribué à l’amélioration des recettes d’exportation et à l’accumulation des réserves de devises ».

La mauvaise performance du secteur agricole qui occupe près de 80% de la population limite pourtant les impacts de cette croissance. « Une grande majorité de la population, notamment les agriculteurs, ne profite pas pleinement des retombées de cette bonne performance », souligne le rapport.

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Impacts limités de la croissance

Alors que l’agriculture reste la principale source de revenus de près de 80% de la population, le secteur s’est contracté en moyenne de 0,8% entre 2014 et 2017. Cette « performance constamment médiocre » ainsi que le qualifie le rapport « signifie que les gains de la croissance économique n’ont pas été ressentis par la majorité de la population ». Celle-ci « n’avait pas l’opportunité de voir une amélioration significative de son bien-être par rapport à la croissance économique », poursuit encore le rapport.

Selon la Banque mondiale, la faible productivité due à l’utilisation minimale des techniques agricoles modernes, le manque de connectivité aux marchés et la grande vulnérabilité aux fluctuations climatiques sont autant de difficultés auxquelles les paysans sont confrontés. Le taux de pauvreté en milieu rural, d’environ 77% entre 2001 et 2012, est resté inchangé depuis, souligne encore le rapport.

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Par ailleurs, le pourcentage de la population totale continuant à vivre au-dessous du seuil international de pauvreté, soit  avec moins de 1,90 dollars par jours, a à peine diminué en cinq ans. Selon les estimations réalisées par la Banque mondiale, celui-ci est passé de 78,12% en 2013 à 76,42% en 2017.

Pour la Banque mondiale, « pour avoir un impact sur la réduction de la pauvreté », « la croissance doit être inclusive et doit reposer sur des institutions publiques solides ». Les perspectives économiques sont positives, ajoute-t-elle, mais sous certaines conditions, pour ne citer que la stabilité.

Reportage : Donas Hanitriniony

Edition : Iloniaina Alain