La communauté internationale décide d'intervenir après les événements meurtriers du 21 avril

Dix ans de médiation internationale des crises malgaches en trois points

La communauté internationale annonce l’envoi de médiateurs internationaux pour réunir autour d’une table les protagonistes du conflit pré-électoral de 2018. Les propositions de médiation sont pourtant mal reçues par les députés de l’opposition qui qualifient d’échec les interventions internationales dans les crises malgaches depuis 2009.

Annonce en série de la venue des émissaires des organisations internationales

Les organisations régionales et internationales annoncent l’envoi d’émissaires dans la Grande île face à la crise politique qui secoue le pays.  Le porte-parole d’Antonio Guterres, Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), annonce l’offre des bons offices onusiens à Madagascar. « Le Secrétaire général a réitéré son appel au dialogue politique, offert ses bons offices et convenu avec le Président de dépêcher son Envoyé spécial, M. Abdoulaye Bathily, à Madagascar immédiatement », a indiqué Stéphane Dujarric, lors du point de presse quotidien du Bureau du porte-parole  du SG de l’ONU vendredi.

La Communauté de développement de l’Afrique australe avait également annoncé l’envoi de Joaquim Chissano « de tout urgence » à Madagascar lors de son double Sommet de la Troïka de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) du 24 avril. Il s’agit d’une mission « en vue de faciliter le dialogue national visant à décrisper les tensions politiques et de dégager le consensus autour du processus électoral », selon le communiqué de la réunion.

L’Union africaine s’est aussi saisie du dossier Madagascar. Moussa Faki Mahamat, le Président de commission de l’Union africaine enverra également Ramtane Lamamra, haut représentant de l’Union africaine « pour faire taire les armes en Afrique » et pour « promouvoir le dialogue sur et la résolution pacifique de toutes les questions pendantes », selon le communiqué de l’Union africaine du 23 avril.

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Sur place, Hawa Ahmed Youssouf, représentante permanente de l’organisation continentale, était au centre  au centre d’un premier contact entre Rivo Rakotovao, président du  parti Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) et président du Sénat, Hanitra Razafimanantsoa et Christine Razanamahasoa, issues des « Députés pour le changement » le 25 avril. Un rendez-vous qui s’est tenue en présence de quelques ambassadeurs.

Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) est attendue à Madagascar le 30 avril pour lancer un projet d’entrepreneuriat social. Il n’est pas exclu qu’elle discutera de la crise politique dans la Grande île  avec les autorités.

Le 3 avril, les députés de l’opposition avaient lancé un appel à la communauté internationale, juste après l’adoption des textes électoraux, dénoncés comme étant une « source de crise et de fraudes massives ». Ils avaient fait le tour des chancelleries le 19 avril. Le jeudi 26 avril, ils avaient annoncé leur rejet de la médiation de la communauté internationale qu’ils jugent arrivée « trop tard » alors qu’entre-temps, il y avait la manifestation interdite du 21 avril, se soldant par la mort de deux individus selon le bilan officiel. « Les manifestations ne concernent plus uniquement les lois électorales mais réclament la démission du président de la République », expliquent les députés de l’opposition.

Après son retour d’un déplacement à l’étranger, le Président Hery Rajaonarimampiaina avait condamné la manifestation et avait évoqué une « forme de coup d’Etat » le 22 avril.

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L’expérience de la médiation de la crise politique de 2009

Sous l’égide de l’ancien président mozambicain Joaquim Chissano, des médiateurs de l’Union africaine, de l’OIF et de l’ONU avaient organisé un processus de dialogue après l’échec de la tentative du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM) en 2009.

L’équipe de médiation avait élargi les discussions, au-delà des principaux protagonistes, à savoir Marc Ravalomanana, le Président  de l’époque, et son rival Andry Rajoelina, alors maire de la ville d’Antananarivo. Elle avait mis en  place 11 mouvances dans le cadre d’un « processus consensuel et inclusif ».

Plusieurs rounds de négociations avaient été menés pour aboutir à des accords politiques, maintes fois retouchés. Après les Sommets de Maputo ( I, II et III) et ceux d’Addis-Abeba (I et II), débouchant sur un « acte additionnel » après un premier accord qui n’aurait pas dû être amendé. Il y avait également d’autres rencontres en Afrique du Sud et aux Seychelles.

Finalement, une Feuille de route avait été arrachée et signée par dix des onze « mouvances » reconnues par l’équipe de médiation le 17 septembre 2011.  Il s’agit d’un accord politique encadrant une transition « neutre, inclusive et consensuelle », avec comme corollaire la répartition des sièges dans toute les institutions, ouvrant la voie à une transition de deux ans après une transition de fait de trois ans.

Malgré l’accord, la mise en œuvre de la Feuille de  route avait fait l’objet de vives discussions entre les parties prenantes. La question relative au retour au pays de l’ancien président Marc Ravalomanana  illustre cette difficulté. Jusqu’à maintenant, la mise en place d’un fonds de solidarité pour indemniser les victimes des crises politiques de 2002 et de 2009 n’est pas encore effective.

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Une élection, des CES, des candidats évincés et remplacés et des dates

La date de l’élection présidentielle avait connu quelques reports. Un premier calendrier avait été fixé pour un premier tour le 8 mai 2013 et le second tour le 3 juillet. Un premier report aux 24 juillet et 25 septembre a ensuite été arrêté après que la communauté internationale se soit insurgé contre la candidature de certains candidats. Les membres de la Commission électorale spéciale (CES) qui avaient validée la première liste de 41 candidats avaient alors été remplacés et de nouvelles dates avait été fixées.

Une nouvelle composition de la CES avait validé une nouvelle liste de candidats, dont étaient exclus l’ancien président Didier Ratsiraka, Andry Rajoelina président de la Transition de l’époque, ainsi que Lalao Ravalomanana, épouse de l’ancien président Marc Ravalomanana, en exil en Afrique du Sud et où étaient présents des « candidats de substitution ». Le scrutin avait finalement eu lieu le 25 octobre et le 20 décembre, soit en pleine période de pluie, malgré une demande des parties malgaches de mettre fin à cette pratique.

Le scrutin a débouché sur l’élection de Hery Rajaonarimampianina, avec 2 060 214 voix soit 53,49% des suffrages exprimés, sur les 7 971 790 électeurs inscrits au second tour, face à Robinson Jean-Louis, crédités de 46,51% des suffrages exprimés. Le second tour avait été couplé avec les législatives.