L'Etat et les pétroliers en pleine négociation sur la nouvelle structure des prix du carburant

Reprise de la spirale de la hausse des prix du carburant

Après deux mois de répit, les automobilistes doivent à nouveau composer avec la hausse des prix des carburants. Et la spirale n’est pas près de s’arrêter, la hausse devrait se poursuivre durant les prochains mois pour que les prix affichés puissent se rapprocher des prix réels. Les autorités négocient avec les pétroliers pour que ces derniers réduisent leurs marges.

La barre de 4 000 ariary bientôt franchie pour le supercarburant ? A moins d’une situation exceptionnelle, un tel scénario risque de se produire dès les prochains mois, lors des prochaines révisions des prix à la pompe. Jeudi, Lantoniaina Rasoloelison, ministre de l’Eau, de l’énergie et des hydrocarbures, a laissé entendre que la hausse intervenue en début mars devrait encore se poursuivre de manière à ce que les prix affichés soient le plus proche des prix réels.

Pour avoir maintenu inchangés les prix deux mois de suite alors que les paramètres entrant dans la structure des prix n’ont cessé d’augmenter, les autorités doivent rattraper les pertes. Celles-ci, à en croire Lantoniaina Rasoloelison, s’élèvent à 30 milliards d’ariary. Si les prix réels étaient appliqués, les tableaux des pompes devraient aujourd’hui indiquer 600 à 1 000 ariary de plus que ce qui est effectivement affiché : 3 930 ariary pour le supercarburant, 3 280 ariary pour le gasoil.

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Depuis que l’Etat a décidé de ne plus bloquer les prix à la pompe mais d’appliquer enfin la « vérité des prix », ceux-ci sont censés changer au début de chaque mois. Les tarifs sont fixés à partir d’une structure préalablement définie, basée sur le prix de référence frontière, les frais de transport et de stockage, le coût de la distribution ainsi que les taxes et les redevances.

Comme ces prix fluctuent en fonction du prix du pétrole brut  et du cours de la monnaie nationale, un système de lissage a été institué pour limiter les variations importantes d’un mois à l’autre. Ainsi, les hausses élevées sont évitées, tandis que certaines baisses du prix de référence frontière ne sont pas suivies de diminution à la pompe pour cause de rattrapage.

En 2018, la différence à rattraper devrait encore être plus importante dans la mesure où en plus du rattrapage des pertes dues au système de lissage, le prix à la pompe doit aussi composer avec la hausse des taxes sur les produits pétroliers. Selon la loi de finances de 2018, l’augmentation de la taxe s’élève à 108 ariary par litre pour le gasoil et à 113 ariary par litre pour le supercarburant.

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Négociations

Les autorités espèrent néanmoins que la hausse n’irait pas jusqu’à atteindre 600 ariary par litre dans les prochains mois. Des négociations sont actuellement en cours avec les distributeurs de produits pétroliers en vue de mettre en place une nouvelle structure des prix des carburants et le ministre chargé des hydrocarbures s’attend à ce qu’avec cette éventuelle entente, il y ait une réduction de la différence entre le prix affiché et le prix réel.

Dans le cadre des négociations, les distributeurs pétroliers avaient soumis aux autorités « une proposition de baisser de 140 ariary par litre de carburant leurs marges bénéficiaires », mais celles-ci ne semblent pas vouloir s’en contenter. « Les négociations se poursuivent avec les compagnies pétrolières parce qu’aucune entente n’a encore été trouvée sur la nouvelle structure des prix, chaque partie tirant de son côté », a encore déclaré jeudi le ministre Lanto Rasoloelison.

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Se basant sur un audit réalisé pour la Banque mondiale, le gouvernement estime que les bénéfices des distributeurs sont exorbitants, atteignant jusqu’à 700 ariary par litre, d’où son insistance à obtenir une baisse plus importante des bénéfices. Dans les négociations, son objectif est de faire en sorte que la réduction des marges des compagnies soit plus élevée que la hausse des taxes sur les produits pétroliers. L’idée étant d’obtenir les recettes supplémentaires de 134 milliards d’ariary sur les carburants tout en évitant une augmentation importante des prix à la pompe.

Les pétroliers, de leur côté, ne souhaitent pas aller au-delà du chiffre qu’ils ont soumis au risque de « mettre à mal notre capacité à développer le secteur », s’est défendu l’un d’entre eux dans les colonnes de L’Express de Madagascar. Ils soulèvent, par ailleurs, que les données contenues dans l’audit sur lequel les autorités se basent ne reflètent pas la réalité. C’est ainsi que, afin d’arriver à une entente, une nouvelle étude sera menée conjointement sur les situations financières des compagnies de distribution.

Reportage : Donas Hanitriniony

Edition : Iloniaina Alain