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Manandafy Rakotonirina quitte l’arène politique

Le microcosme politique est en deuil. Manandafy Rakotonirina, fondateur et président du parti Mitolona ho an’ny fanjakan’ny madinika (MFM) devenu Mpitolona ho an’ny fandrosoan’i Madagasikara a rendu les armes vendredi 15 mars dans la matinée à l’âge de 81 ans.

L’homme politique, formé dans le moule du parti Madakasikara otronin’ny Malagasy (Monima) de Monja Jaona, est l’un des acteurs politiques de la Grande île de ces quarante dernières années. Il fait partie du cercle fermé d’hommes politiques présents dans les débats politiques et idéologiques. Lui et son parti ont toujours également été en première ligne des mouvements de rue ayant conduit aux changements de régime à Madagascar.

Manandafy Rakotonirina a fait partie des acteurs du « mouvement 72 ». Avec Germain Rakotonirainy, le « Lynx », devenu son bras droit, il est l’un des idéologues et théoriciens du mouvement estudiantin, au sein du « comité d’animation ». Le parti MFM est né dans le contexte de lutte contre le néocolonialisme, de la collectivisation, en mettant en place un parti « rouge et experts », avec des intellectuels qui militent, entre autres, pour la malgachisation et pour le mouvement prolétarien.

L’une des constantes du parcours politiques de Manandafy Rakotonirina et du parti qu’il dirige jusqu’à sa mort est son implication dans tous les mouvements politiques dans les moments charnières de l’histoire du pays. Ils étaient toujours au front en 1991, en 2002 ou encore en 2009.

Malgré son influence sur l’échiquier politique, Manandafy Rakotonirina, qui a toujours gravité dans les hautes sphères du pouvoir, n’a jamais vraiment gouverné le pays, du moins dans l’Exécutif. Il était, entre autres, désigné président du Comité de redressement économique (CRES), membre du Conseil supérieur de la révolution (CSR) ou encore conseiller spécial du Président de la République.

Ce n’était pourtant pas faute d’avoir essayé de conquérir le pouvoir par les urnes. Plusieurs fois candidats à la présidentielle, il a toujours été battu. Il lui est arrivé quand même de briguer un poste électif en étant élu député de Manandriana.

La carrière de Manandafy Rakotonirina est ponctuée d’arrestations. Mais la conviction politique et idéologique ainsi que la persévérance, sans jamais faire de défection malgré les turbulences politiques, font partie des panoplies du président national du MFM.

D’ailleurs, ces qualités ont été inculqués aux membres, militants ou sympathisants, du parti. C’est, entre autres, le cas pour les Jules Razafindrakoto, Francisque Ravony, Jean-Théodore Ranjivason, Jacques Aimé Raharinina, Gérard Rabevohitra, Olivier Rakotovazaha, Constant Raveloson, Tsilavina Ralaindimby, Kama, Donas Andriamahefamparany ou encore Aimé Rapelanoro, tous formés à l’« école MFM ».

Homme de l’idéologie et penseur politique, Manandafy Rakotonirina n’hésite pas moins à changer de fusil d’épaule avec l’évolution du contexte géopolitique. Le MFM des « rouge et experts » du Mitolona ho an’ny fanjakan’ny madinika vire au Mpitolona ho an’ny fandrosoan’i Madagasikara. Lui et sa formation politique prône ensuite la libéralisme avec comme ambition de « créer des Ravalomanana dans les 22 régions », sous-tendant un soutien appuyé au développement régional. D’ailleurs le MFM a ensuite intégré l’ « International libéral ». Le soutien du candidat Marc Ravalomanana en 2001 est un signal fort allant dans le choix de l’économie libérale.

Comme les autres partis « traditionnels » tels que l’Avant-garde pour la rénovation malgache (Arema), le Monima ou encore l’Antokon’ny kongresin’ny fahaleovan-tenan’i Madagasikara (AKFM), le MFM a du mal à trouver un second souffle sur l’échiquier politique ces dernières années. Manandafy Rakotonirina, diminué physiquement, voit même les dissensions des cadres dirigeants de son parti, prendre de l’ampleur.