Hanitra Razafimanantsoa annonce que les députés devraient être les seuls interlocuteurs de toute discussion

Les députés de l’opposition posent comme préalable aux négociations le départ du Président

Les députés de l’opposition ou « Députés pour le changement » se montrent intransigeants. Ils posent comme préalable à toutes négociations le départ du Président de la République, ainsi que celui du gouvernement et du président du Sénat.

« Nous vous demandons de lui transmettre le message, de lui [Hery Rajaonarimampianina] dire, que la seule solution, et la sagesse aussi, c’est la démission du Président de la République (…) C’est un préalable pour nous », indique Hanitra Razafimanantsoa, sur la Place du 13 Mai lundi.  « Nous ne négocierons pas avec eux [tenants du régime] (…) et il n’y aura pas d’accord politique avec eux », poursuit-elle.

La vice-présidente de la Chambre basse rapporte le « message » des parlementaires de l’opposition aux membres du bureau central et de la branche qui s’occupe des affaires nationales (SEFIP) du Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes (FFKM). Ceux-ci ont envoyé une délégation à Ambohimanoro pour rencontrer ces responsables ce lundi. Ils rappellent en même temps qu’ils restent les seuls interlocuteurs dans toute discussion de sortie de crise, prévenant contre toute approche auprès des chefs de parti.

Lire aussi :  La SADC dépêche d’urgence Joaquim Chissano à Madagascar

Hanitra Razafimanantsoa réitère également le rejet de la médiation internationale, surtout celle de Joaquim Chissano, dépêché par la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Pour elle, l’ancien président mozambicain, chef de l’équipe de médiation de la crise de 2009 est, en partie, responsable de la situation actuelle.

Des émissaires des organisations internationales commencent à arriver dans la Grande île. Abdoulaye Bathily, émissaire d’Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, avait dit que « la solution est entre les mains des Malgaches » après sa rencontre avec le chef de l’Etat dimanche. Ramtane Lamamra, haut représentant de l’Union africaine, dépêché par le président de la commission de l’Union africaine, est également sur place depuis dimanche et a rencontré le président de la République lundi. Sauf changement, Joaquim Chissano devrait arriver mardi.

Les députés de l’opposition avait fait appel à la communauté internationale juste après le vote des projets de lois électorales à l’Assemblée nationale le 3 avril. Mais ils déplorent le manque de réaction de cette dernière, du moins une réaction « tardive », d’où la réticence à la médiation internationale et la priorisation d’une « solution malgache ».

Lire aussi :  La démission de Rajaonarimampianina en sept questions

Les parlementaires de l’opposition avaient milité contre l’adoption et la promulgation des projets de lois électorales. Mais pour eux, leur démarche dépasser désormais le seul cadre de ces textes et l’entrée dans un « mouvement populaire » mais « dans le respect de la loi ».

De son côté, le chef de l’Etat avait assuré son intention de ne pas céder à la pression et de rester à son poste jusqu’à la fin de son mandat lors de son déplacement à Toamasina le  23 avril. Il avait évoqué une initiative qui s’« apparente à un coup d’Etat » derrière l’action menée par les parlementaires de l’opposition.

Rivo Rakotovao, président du Sénat et président du parti présidentiel Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM), avait encore rappelé lundi, en marge de l’ouverture du séminaire parlementaire francophone de l’océan Indien, que « les politiciens doivent être ouverts au dialogue dans un cadre légal ». Sur une émission spéciale diffusée sur la chaîne de télévision privée TVPlus dans la soirée du 4 mai, il avait évoqué la « sagesse » des partisans du régime derrière l’absence de contre-manifestation même si un rassemblement avait récemment été organisé à Fianarantsoa. Des banderoles avaient également été déployées à Ivato par une centaine de manifestants pro-régime lors de l’arrivée du médiateur onusien. Celles-ci s’insurgeaient contre un « coup d’Etat » et appelaient à une aide de la communauté internationale pour « défendre la stabilité et le processus électoral ».

Lire aussi :  Dix ans de médiation internationale des crises malgaches en trois points

La Haute cour constitutionnelle (HCC) avait rejeté plusieurs points essentiels des projets de lois électorales le 3 mai.  Les « députés pour le changement » avaient parlé d’une « première victoire » mais disent encore attendre la décision de la HCC sur leur requête aux fins de déchéance du chef de l’Etat pour carence dans la mise en place de la Haute cour de justice (HCJ), ainsi que la suite de la plainte qu’ils ont déposée auprès du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) pour une présumée corruption lors de l’adoption des textes électoraux.

Reportage : Donas Hanitriniony

Edition : Iloniaina Alain