Les députés ont adopté à la majorité absolue les projets de lois électorales

Les trois projets de lois électorales adoptés sur fond de contestation et de suspicion

Mission accomplie pour le gouvernement. Après une séance des plus houleuses au cours de laquelle les députés se sont accusés de corruption, les trois projets de lois organiques relatives au régime général des élections et des référendums, à l’élection présidentielle et aux élections législatives ont été adoptées à la majorité absolue à Tsimbazaza.

Il fallait 76 députés au moins pour faire passer les projets de lois organiques sur les élections. Ils auraient été 78 à 79 à avoir adopté les textes sur le régime général des élections et des référendums, l’élection présidentielle et les élections législatives, mardi, à Tsimbazaza. Les textes sont passés avec juste une douzaine d’amendements alors que les élus qui y sont opposés en avaient proposé près de 90 durant les travaux de commission.

Le Premier ministre, également ministre chargé de l’Intérieur, Olivier Mahafaly, qui a défendu les textes à l’Assemblée nationale, a parlé d’une « victoire de la démocratie ». « Il nous reste à attendre la décision du Sénat et nous pouvons nous avancer vers les élections », a-t-il souligné. « Ces échéances sont désormais nos priorités », a-t-il poursuivi, espérant que le Sénat s’alignera sur l’Assemblée nationale.

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La séance plénière de mardi a démarré par une véritable cacophonie au cours de laquelle les députés se sont publiquement accusés de corruption, mais le Premier ministre a préféré ne pas trop s’exprimer sur le sujet. « Je ne m’exprimerai pas davantage sur ce sujet », a-t-il indiqué, insistant sur la « majorité absolue » qui a adopté le texte.

Les députés opposés au texte, regroupant les partisans d’Andry Rajoelina du MAPAR (Miaraka amin’ny Prezida Andry Rajoelina), ceux de Marc Ravalomanana au sein du TIM (Tiako i Madagasikara) et quelques indépendants, sont sortis de la salle pour contester la procédure d’adoption des textes, mais le chef du gouvernement a relativisé la situation. « C’est leur droit, c’est aussi une expression de la démocratie », a-t-il tempéré.

Accusation de corruption

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Pour l’alliance de « l’opposition », cette majorité absolue n’aurait pourtant été obtenue qu’à coup de corruption et d’achats de voix. Des députés sont entrés dans la salle de séances de l’Assemblée nationale mardi, munis de pancartes avec l’inscription « Stop corruption ». Ils ont accusé leurs pairs d’avoir été « mis au vert », voire « parqués » dans un hôtel situé non loin d’Antananarivo, et d’avoir « perçu 250 millions d’ariary par personne » pour adopter les textes.

Le MAPAR a d’ailleurs évoqué d’éventuelles plaintes auprès du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco). Une démarche encouragée par le président de l’Assemblée nationale, Jean Max Rakotomamonjy, qui a invité les députés accusateurs à « porter plainte devant les autorités compétentes s’ils en avaient les preuves ». « S’ils n’en ont pas, c’est nous qui porterons plainte parce qu’il s’agit de diffamation », a, de son côté, martelé le député élu dans l’Atsimondrano, Harijaona Randriarimalala, élu indépendant mais devenu HVM.

Les accusations ne sont néanmoins pas sans rappeler celles que le président de la République, Hery Rajaonarimampianina, a faites à l’encontre des députés alors que ces derniers avaient adopté par une majorité des deux tiers sa mise en accusation en vue d’une procédure de déchéance. Le chef de l’Etat avait déclaré à l’époque que les votes avaient un « fort relent de corruption ».

Mis en minorité, 73 députés selon les chiffres avancés par « l’opposition », les opposants au texte affirment vouloir « contester jusqu’au bout » les textes électoraux. Le Mapar parle d’un texte « adopté au forceps qui n’apportera aucun apaisement », tandis que le TIM évoque une Assemblée nationale qui ne sert plus à rien. Guy Rivo Randrianarisoa, questeur à Tsimbazaza et membre du TIM, est allé jusqu’à demander au chef de l’Etat de « dissoudre la Chambre basse et de convoquer des élections législatives pour en renouveler les membres d’ici à 60 jours ».

Reportage : Donas Hanitriniony

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Edition et Photo : Iloniaina Alain