Albert Zafy

Le Pr Albert Zafy passe l’arme à gauche

L’ancien président de la République, Albert Zafy, n’est plus. C’est à La Réuniçn où il a été transféré pour des soins qu’il a rendu son dernier souffle.

1er mai 1927 – 13 octobre 2017. Le professeur Albert Zafy, président de la République de Madagascar de 1993 à 1996, a tiré sa révérence à 90 ans. Son décès, survenu à l’île de La Réunion où il avait été évacué la veille suite à un accident vasculaire cérébral (AVC), a été officiellement annoncé par la présidence de la République sur son compte Twitter vers midi ce vendredi.

Les hommages ont immédiatement afflué sur les réseaux sociaux, évoquant « un homme simple », « d’un abord facile ». Didier Ratsiraka, son prédécesseur à la tête de l’Etat, mais aussi son successeur, se souvient sur la chaine de télévision publique, d’un « homme proche du peuple » qui n’a « pas ménagé sa peine pour visiter tous les coins et les recoins du pays ».

Alors qu’il était président de la République, le Pr Albert Zafy, coiffé de son chapeau de paille, allait effectivement à la rencontre des habitants du pays en 4×4. « Des Madaraids qui lui ont été reprochés mais que même moi je n’ai pas fait », reconnaît encore l’ancien président Didier Ratsiraka.

Malgré les dissensions politiques entre les deux hommes, Albert Zafy ayant été l’un des leaders du mouvement de 1991 qui a abouti à la chute de Didier Ratsiraka, et par deux fois son adversaire aux élections présidentielles, « nous nous sommes réconciliés », confie l’Amiral. « Il est venu chez nous à Paris lorsque nous avons été en exil après 2002, et nous sommes allés manger chez lui à notre retour au pays », raconte-t-il toujours.

La réconciliation nationale a été l’un des leitmotivs de l’ancien président Albert Zafy après la crise post-électorale de 2002. C’est d’ailleurs sous la bannière du Comité pour la réconciliation nationale (CRN), formation politique regroupant ses partisans et ceux de son ancien adversaire politique, Didier Ratsiraka, qu’il s’oppose officiellement à Marc Ravalomanana. Une position qu’il gardera durant la période de transition de 2009-2013.

Albert Zafy avait une longue carrière politique derrière lui. En 1972, à la chute du régime Tsiranana, le chirurgien cardiologue et enseignant chercheur à l’Université de Madagascar est appelé au sein du gouvernement Ramanantsoa. Il y siège en tant que ministre de la Santé, aux côtés de Didier Ratsiraka, ministre des Affaires étrangères, et Emmanuel Rakotovahiny, ministre du Développement rural.  Il occupe ce poste jusqu’en février 1975, à l’avènement du directoire militaire, bien qu’il continue à donner ses cours à l’Université et à s’occuper du service chirurgie de l’hôpital Befelatanana dont il est chef.

Il poursuit sa carrière politique en appelant en décembre 1975 à voter « Non » au référendum instituant la Deuxième République. Il fonde ensuite le Comité national pour la défense des droits de l’homme qui réclame, entre autres, la libération de Richard Andriamaholison, accusé de « complot contre la sécurité de l’Etat ». Il tente ensuite, en 1982, de se présenter à la présidentielle face à Didier Ratsiraka, mais la Haute cour constitutionnelle invalide sa candidature en évoquant une non appartenance au Front national pour la défense de la Révolution (FNDR). Depuis, il a mis entre parenthèses sa carrière politique pour ne se consacrer qu’à la médecine et à l’enseignement.

Il faut attendre le début des années 1990 pour qu’il  revienne sur la scène politique. Dès l’adoption du texte consacrant le multipartisme en 1990, il fonde avec Emmanuel Rakotovahiny et Alfred Ramangasoavina l’Union nationale pour le développement et la démocratie (UNDD). C’est sous les couleurs de ce parti qu’il intègre puis dirige le Comité permanent des Forces vives, mouvement mis en place après les deux concertations nationales organisées par le Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes.

Nommé président de la Haute autorité de l’Etat (HAE) à l’issue de la convention du 31 octobre qui était censée régir la transition entre la deuxième et la troisième République, le professeur Albert Zafy peut enfin, se présenter à l’élection présidentielle. Il a, en face de lui celui dont il a précipité la chute (Didier Ratsiraka) en 1992 et est élu au second tour.

Malmené ensuite par une Assemblée nationale dont le pouvoir était aussi fort que celui du chef de l’Etat, Albert Zafy subit les affres d’un empêchement en 1996 et ne termine pas son mandat. Il passe la main mais tente néanmoins de récupérer son poste à la présidentielle de 1996. Mais cette fois, malgré un score honorable, 49,3% des suffrages, il est battu par Ratsiraka. Versant dans l’opposition, il lance un nouveau parti, l’AFFA sous la bannière de laquelle il se présente aux législatives en 1998.

Elu dans la circonscription d’Antsiranana, il revient dans la capitale et siège à Tsimbazaza où il s’oppose au nouveau régime Ratsiraka. Bien que l’Assemblée nationale ait ensuite été dissoute par Marc Ravalomanana en 2002, le Pr Albert Zafy n’a pas abandonné la politique. Il n’occupe plus aucun poste officiel, mais il est devenu un opposant farouche au nouveau régime qui se met en place.

Marc Ravalomanana est renversé de la présidence en 2009, mais Albert Zafy reste dans l’opposition, continuant à réclamer la réconciliation nationale.