Les écoles primaires malgaches inondées par les difficultés

Enquête : Madagascar mauvais élève en éducation primaire

L’on sait que l’éducation primaire à Madagascar est en difficulté. Mais l’enquête commanditée par la Banque mondiale fait froid dans le dos concernant la qualité, l’accès et la gestion de l’éducation primaire dans la Grande île. Quelques chiffres choisis au hasard pour s’en apercevoir.

 Enseignants pas au niveau …

 
« Une écrasante majorité des enseignants, pour ne pas dire tous les enseignants, n’ont ni les connaissances  académiques ni les compétences pédagogiques nécessaires pour enseigner », affirme l’enquête sur les Indicateurs de prestation de service (IPS) commandée par la Banque mondiale, dévoilée le mardi 21 mars. Globalement, les enseignants FRAM, payés par les parents d’élèves, en particulier ceux qui sont subventionnés, ont eu des résultats  significativement inférieurs.
 
Les tests en mathématiques et en français, proposés aux enseignants, suffisent à donner une idée de la carence. « Seuls  6,3% ont satisfait aux normes minimales en mathématiques », selon l’enquête. Pour illustration, près de 20% des enseignants n’ont pas réussi à effectuer une soustraction de nombres à deux chiffres et 55% n’ont pas réussi à additionner des nombres décimaux.
Seul un enseignant du primaire sur 1000 maîtrisait 80% du programme de huitième. « En français, lorsqu’il leur a été demandé de corriger une lettre contenant 22 fautes de ponctuation, de capitalisation, de vocabulaire ou autre, les enseignants n’ont relevé que 1,7 faute en moyenne », selon l’enquête.
 

… et absentéistes

 
Les élèves ne bénéficient que 39% du temps d’enseignement prévu. Alors que le temps d’enseignement programmé est de 5h 12 mn, le temps d’enseignement en classe est seulement de 3h 9 mn, à cause de l’absence des enseignants dans la salle de classe.
 
Trente et un pourcent des enseignants n’étaient pas à l’école lors de la visite des enquêteurs. 10% des enseignants à l’école ne sont pas dans leur salle de classe. « Lorsque les enseignants sont dans leur salle de classe, les enseignants passaient environ 4% de leur temps à des activités non-pédagogiques ». Ces chiffres varient selon la présence ou l’absence du directeur d’école dans l’établissement.
 

Manque d’infrastructures

L’évidence des chiffres rend plus cruelle une réalité bien connue de tous concernant le manque d’infrastructures en éducation primaire. Le manque de salles de classe n’est plus à prouver. « Les salles de classe malgaches semblent avoir besoin d’un meilleur éclairage étant donné que dans 22% des classes de huitième, il était difficile de lire le tableau noir depuis le fond de la salle », note l’enquête.
 
Seules 20% des écoles disposent d’infrastructures minimales requises – à savoir les systèmes électrique et sanitaire fonctionnels. Presque 30% des écoles primaires n’avaient pas de toilettes.
 
Le manuel scolaire fait défaut. « Dans 87% des cas, aucun des élèves des salles de classe de huitième n’avait pas de manuel et 10,3% d’entre-eux utilisaient un manuel lorsqu’ils étaient en classe ».
 

Défaillances plus criantes dans le milieu rural et les écoles publiques

 
Globalement, les résultats de l’enquête concernent toutes les écoles primaires dans tout Madagascar. Mais une tendance se dégage quand même à l’intérieur des résultats obtenus par un échantillonnage dans l’ensemble du territoire. Les mauvais scores touchent plus et souvent les écoles dans le milieu rural que dans le milieu urbain. Même constat entre les écoles publiques par rapport aux écoles privées.
 

Dans la moyenne continentale

Sans se verser dans un esprit de nivellement vers le bas, les résultats des enquêtes de même type dans plusieurs autres pays, ne place pas systématiquement Madagascar en queue de peloton en Afrique. Si la moyenne de l’IPS est de 49,6% concernant score au test de Français et mathématiques, celui de Madagascar est de 50,6% en 2016 alors que celui du Kenya en 2012 est de 72% et celui du Niger en 2015 est de 21,3%.
Le pourcentage des écoles ayant des infrastructures minimales à Madagascar est de 20,2%, contre 38,1% pour la moyenne de l’IPS. Les résultats des autres pays, entre 2012 et 2015, oscillent entre 18,5% et 59,7%.
 

Quelques éléments sur l’enquête

L’initiative IPS a été réalisée par la Banque mondiale, en partenariat avec le Consortium pour la recherche économique en Afrique (AERC) et de la Banque africaine de développement (BAD). L’enquête à Madagascar a été réalisée au mois de mai et au mois de juin 2016. Elle a touché 473 écoles primaires, entre 2130 et  2475 enseignants et 3960 élèves