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Carburant : Pourquoi la vérité des prix a du mal à s’appliquer ?

Malgré les recommandations du Fonds monétaire international (FMI) relatives au maintien de la vérité des prix des carburants, et des engagements malgaches en ce sens lors de la conclusion de l’accord sur la Facilité élargie de crédit (FEC), le gouvernement continue d’intervenir sur la fixation des prix à la pompe. Les prix affichés ne sont donc jamais identiques aux prix réels alors qu’une formule de calcul automatique des prix a été mise en place.

 
Des hausses trop importantes
 
Après avoir quasiment maintenu au même niveau le prix du carburant pendant plusieurs années, les autorités ont décidé de mettre en place une formule de calcul automatique des prix. L’idée était de permettre que les prix affichés à la pompe correspondent aux prix de référence calculés, considérés comme étant les prix réels.
 
Cette formule détermine automatiquement un prix maximal à appliquer mensuellement sur chaque produit. Elle est basée sur le prix de référence aux frontières, le coût du transport et du stockage, les marges de distribution ainsi que les taxes et les redevances.
La structure des prix (source : Office Malgache des Hydrocarbures)

La structure des prix (source : Office Malgache des Hydrocarbures)

Comme la « vérité des prix » varie en fonction du prix du pétrole brut et du cours de l’ariary, la monnaie nationale, les prix à la pompe sont aussi censés fluctuer. Or, il est arrivé que les variations soient très importantes et que les hausses atteignent presque, voire plus de 200 ariary. D’où la décision des autorités de procéder à un « lissage » dès le mois de mai 2016. Le système de lissage consiste à ajuster le prix de référence calculé de manière à réduire les variations des prix à la pompe.

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A titre d’exemple, si le supercaburant et le gasoil devaient respectivement augmenter de 190 ariary et de 140 ariary en mai 2016, les hausses ont été réduites à 100 ariary pour les deux produits. « Le ministère ayant estimé ces hausses trop élevées, des négociations avec les pétroliers ont été effectuées », avait annoncé le ministre chargé de l’Energie de l’époque, Rodolphe Ramanantsoa, au Conseil de gouvernement.

La même situation s’est présentée en février 2017 quand les hausses respectives des prix du supercarburant et du gasoil devaient respectivement augmenter de 120 ariary et de 130 ariary. Après discussions avec les compagnies pétrolières, lesdites hausses n’ont tout simplement pas été mises en œuvre, obligeant des autorités à annoncer un rattrapage lors des prochaines périodes de hausse.

Des prix à rattraper

En réduisant les hausses estimées trop élevées, le gouvernement se voit obligé de convenir avec les pétroliers le report de la partie non appliquée. A cause de ce rattrapage la hausse peut donc être plus importante que ce qui était prévu sur la base des prix de référence calculés automatiquement. C’est ainsi que même lorsque le prix réel est en baisse, le comité technique composé des représentants de l’Etat, de l’Office malgache des hydrocarbures ainsi que des compagnies pétrolières, décide de ne procéder à aucune diminution des prix, à moins qu’il ne continue d’augmenter le prix. A titre d’exemple, malgré un prix réel du gasoil qui a baissé de 180 ariary en septembre 2016, le prix a été maintenu à celui du niveau d’août 2016.

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La même situation s’est présentée ce mois de mars 2017: alors que les prix réels des carburants ont légèrement baissé, les prix à la pompe ont quand même augmenté. Alors que le prix réel du gasoil a diminué de 25 ariary et celui du supercaburant de 10 ariary, les stations services affichaient 80 ariary de plus que les prix de février.
 
Des coussins d’amortissement à constituer

Par ailleurs, lorsque les prix réels connaissent une baisse importante, le comité prend le soin de ne pas suivre cette tendance.  Son objectif est alors, comme l’indique le représentant du Fonds monétaire international, Patrick Imam, dans L’Express de Madagascar, de se constituer un coussin d’amortissement destiné à amortir les fluctuations des prix. En septembre 2016, malgré une baisse de 260 ariary du prix du supercarburant par rapport à celui d’août, le comité a décidé de ne baisser le prix maximum à la pompe que de 100 ariary.
 
Un danger pour l’économie

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Selon Patrick Imam, représentant résident du FMI, « le mécanisme de lissage qui est en vigueur actuellement constitue un risque important pour le budget ». « Reporter les ajustement sur plusieurs périodes entraînent des coûts implicites », explique-t-il. Il estime que « une fois le coussin utilisé, les autorités n’ont que deux choix : soit ajuster automatiquement les prix suivant les éléments de coûts, soit procéder à des subventions pour combler les écarts ». Or, jusqu’ici, les autorités n’ont jamais montré la volonté de procéder à un ajustement automatique des prix suivant les coûts en raison de la forte hausse que cela entraîne sur les prix à la pompe. Pour Patrick Imam, pourtant, « si les autorités continuent à ne pas appliquer la vérité des prix, les coûts implicites augmenteraient nécessairement et ramèneraient Madagascar dans un scénario où l’Etat doit combler les différentielles à partir des transferts du budget ». « Un tel schéma, poursuit-il, ferait revenir le pays dans la spirale où pour pouvoir assurer les différentes subventions qu’il a à accorder, l’Etat puiserait nécessairement sur les ressources d’autres secteurs dont les secteurs sociaux ». Avec les conséquences que cela suppose sur les aides octroyées par les bailleurs de fonds, à commencer par le FMI qui rejette toute idée de subvention sur les carburants et qui n’accepte pas que les dépenses sociales soient revues à la baisse