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Honore Rakotomanana : Monsieur juriste des republiques

Au nom de l' »ouverture », Honoré Rakotomanana, est redevenu président du Sénat, celui  de la première législature de la IVe République, dans une chambre haute dominée par le parti présidentiel Présenté par le Hery vaovao ho an’i Madagasikara (HVM) ou « Forces nouvelles pour Madagascar », il a obtenu 60 voix sur les 62 votants le 9 février à Anosy.

La riche carrière du numéro Deux du régime, déjà condensée en « six pages », ne peut pas être résumée en quelques lignes.  En tout cas, le natif de Behenjy, né le 26 octobre 1933 a su mettre à profit ses études de droit pour les différents régimes, à part la Ie République.

Cet amateur de ping pong, comme le président Hery Rajaonarimampianina, a obtenu une licence en droit à l’Université de Paris en 1966 avant de décrocher son doctorat de 3e cycle à l’Université d’Antananarivo en 1997.

Le Doyen des sénateurs, désigné par le Président de la République, père de quatre enfants, a fourbi ses armes au sein de l’administration judiciaire et du ministère de la Justice. Il a, entre autres, été président de la section du tribunal de Manakara (1964-66) et, pendant treize ans, secrétaire général du ministère de la Justice (1972-85). Entre-temps, il a été membre du conseil d’administration de la Banque centrale  de Madagascar entre 1973 et 1993 avant de devenir censeur en 1997.

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Le nouveau président du Sénat ne s’arrête pas là et gravit les échelons jusqu’à embrasser une carrière internationale, même si celle-ci n’a pas été une grande réussite pour lui.  Il a été le président de la Haute cour constitutionnelle (HCC) entre 1985 et 1992. Il a dirigé la juridiction constitutionnelle lors de la présidentielle de 1989 dont les résultats ont été contestées par l’opposition. Il a ensuite été reconduit à la HCC, mais en tant que « simple » haut conseiller constitutionnel, parmi le quota de Didier Ratsiraka, président de l’époque, après la Convention du 31 Octobre 1991.

Peu considéré par le régime Albert Zafy, il a rebondi en tant que procureur général adjoint du tribunal pénal international  de Rwanda en 1995. Mais son expérience rwandaise a tourné cours, l’obligeant à quitté le TPIR deux ans plus tard, officiellement à la suite d’une enquête interne au sein de l’instance internationale.

Le Président de la Chambre haute est connu pour ses activités pédagogiques. Déjà dans les années 60, il a animé une émission sur la vulgarisation des lois sur la radio nationale malagasy (RNM). L’écrivain interprète judiciaire est l’auteur de plusieurs ouvrages sur des cours de droit et a collaboré dans l’ouvrage intitulé « Rwanda, un génocide du XXe siècle« , publié aux éditions L’Harmattan. Le professeur de droit pénal, dont le droit pénal international et de procédure pénale, met à profit ses connaissances juridiques en enseignant dans une université privée de la capitale.

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 Collaboration

  De part sa spécialité, la carrière de Honoré Rakotomanana est liée à l’histoire politique de Madagascar. La parenthèse de la première partie de la IIIe République et de son éphémère expérience rwandaise coïncide avec le retour au pouvoir de Didier Ratsiraka. Il a été bombardé directeur de cabinet civil du Président de la République après l’élection de ce dernier à la magistrature suprême en 1996.

Certaines réformes constitutionnelles vécues par les pays portent les pattes. Il a été membre Comité national constitutionnel qui avait propulsé Didier Ratsiraka à la tête de l’Etat en 1975. Il a également présidé le comité de rédaction des avant-projets de Constitution en 1997, puis celui du comité préparatoire de révision de la Constitution.

A la suite de sa mission de révision de la Constitution, Honoré Rakotomanana a obtenu une nouvelle mission à savoir la mise en place des textes sur la décentralisation, avec un accent particulier sur les provinces autonomes. Il a dirigé le Comité d’appui technique à l’autonomie des provinces (CNTAP) en 1998.

Les travaux de Honoré Rakotomanana concernant la révision de la Constitution et les provinces autonomes le conduisent à la présidence du Sénat en 2001. Une présidence de courte durée après le remplacement par Marc Ravalomanana, devenu Président de la République après l’élection présidentielle controversée de 2001.  Cela ne l’empêche pas de collaborer dans la discrétion avec Rajemison Rakotomaharo, son prédécesseur au perchoir, et ce, malgré la tension latente entre le Tiako i Madagasikara (Tim) et l’Avant garde pour la rénovation malgache (Arema) à la chambre haute.

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La dissolution du Sénat n’empêche pas Honoré Rakotomanana de rester dans cercles des pouvoirs et d’assumer des responsabilités au sein de l’administration. Depuis le Premier ministre Omer Beriziky, il a souvent arpenté le Bureau du Premier ministre à Mahazoarivo.

Le président du Sénat reste actif et distille ses observations concernant des débats juridiques sur des sujets sensibles comme les dispositions de la Feuille de route de la Transition, la loi d’amnistie, l’article 54 de la Constitution…. Récemment, il a présidé le Comité des experts chargé de la réforme de la loi sur la Comité de réconciliation nationale (FFM).

Honoré Rakotomanana possède des distinctions honorifiques de Grand Croix du 2e classe de l’Ordre national malgache (1994) et du Grand Officier de la Légion d’honneur. Il est également décoré Commandeur de l’Ordre de Malte.